Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Dodeskaden
Un film de Kurosawa Akira (1970)
Article mis en ligne le 10 mai 2012
dernière modification le 11 mai 2012

par Laurent Bloch
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Ce fut le premier film de Kurosawa en couleurs, et elles sont somptueuses,
acryliques, éclaboussantes. Elles illuminent le film, et d’abord la cahute de
la scène initiale, où un garçon et sa mère prient entre des cloisons de
papier peint de dessins aux couleurs vives.

Le garçon est fou : il se prend pour le conducteur du tramway, toute
la journée il joue le rôle de la trame qui enchaîne les allers et
retours, sur un sentier tracé au milieu d’un tas de ferrailles, en
scandant l’onomatopée du bruit des roues sur les rails : « dodeskaden »,
comme en allemand ou en russe ce serait “Kartofel”. Sa mère est
désespérée, elle ne peut que prier, frénétiquement, jusqu’à l’hébétude.

Dodeskaden peint la vie d’un bidonville dans l’entrelacement de
huit intrigues, scandées par le groupe des femmes, assemblées autour
de l’unique robinet du lieu, qui commentent les événements tragiques
ou burlesques survenus dans cet espace de détritus, de ferrailles, de
baraques de fortune.

Il y a l’aveugle, trahi par sa femme, devenu fou ; le père infantile et son
fils de quatre ou cinq ans, adulte avant l’âge, qui vivent dans la carcasse
d’une 2CV ; l’enfant va ramasser des mégots dans la rue et
mendier de la nourriture dans les cuisines des restaurants pour son
père ; il mourra de l’immaturité de celui-ci. Cela pourrait
être sinistre, sans les couleurs irradiantes, la scénographie, l’organisation
quasi-théâtrale de l’espace, qui transfigurent le décor, et le jeu par moments
extatique des acteurs.

Le film n’a eu aucun succès à sa sortie, et l’auteur a tenté de se
suicider peu après. Moi-même je l’avais trouvé détestable : ces
personnages de pauvres, pour ne pas dire de miséreux, au lieu de se révolter, de lever le drapeau de la lutte de classes, se contentaient
d’essayer de vivre, si ce n’est de picoler et de forniquer ; c’est
dire la bêtise que je cultivais à l’époque. Quarante ans plus tard, il
est plus beau que jamais (et bradé à la Fnac pour une misère). Les
écrans des téléviseurs modernes lui rendent à peu près justice (au
format 4:3). Je me suis demandé si la pellicule n’était pas du
Ferraniacolor, parce que j’ai pensé à « Désert rouge », presque
contemporain, et aux couleurs aussi peu réalistes. Vous devriez
essayer.


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