Blog de Laurent Bloch
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Le livre d’Albertine Sarrazin, le film de Brigitte Sy
L’Astragale, avec Leïla Bekhti et Reda Kateb
Article mis en ligne le 15 avril 2015
dernière modification le 19 avril 2015

par Laurent Bloch
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Licence : CC by-nd

Comme le film de Brigitte Sy L’Astragale a du succès il reste à l’affiche, alors il faut en profiter, il est très beau. Du coup je relis le roman d’Albertine Sarrazin, très beau lui aussi (disponible au format électronique, malheureusement avec DRM Adobe), et constate que le film lui est fidèle. Serge Le Péron a participé à l’écriture du scénario, c’est un cinéaste sérieux.

Le roman (comme le film, donc) est un récit assez conforme de certains épisodes de la vie de l’auteur. C’est une tragédie : Albertine Sarrazin a été abandonnée par à peu près tous ceux qui auraient pu et dû l’aider. Sa mère la dépose à l’Assistance publique à sa naissance, où elle est adoptée par un médecin militaire et sa femme. Un oncle de sa famille adoptive la viole à l’âge de dix ans. Elle obtient de brillants résultats scolaires, est une violoniste prometteuse, mais comme elle est indisciplinée ses parents adoptifs la font placer en maison de correction, d’où elle fugue, et pour survivre elle vole et se prostitue occasionnellement. Elle est arrêtée, et ses parents adoptifs, au moment où elle leur demande un avocat, révoquent leur adoption. Bien que mineure, elle est lourdement condamnée (sept ans) et s’évade en sautant d’un mur de dix mètres de haut, d’où une fracture de l’astragale, c’est là que commencent le roman et le film (la première séquence est haletante, à la limite de la crise de nerfs).

Le roman, édité à l’origine par Jean-Jacques Pauvert, est doté d’une belle préface de Patti Smith, dont j’ai ainsi appris qu’elle avait un vrai talent littéraire. La préface mentionne la traductrice de l’édition en anglais, Patsy Southgate, « enfant négligée issue d’une famille privilégiée », passionnée de culture française parce que sa gouvernante française lui montrait bien plus d’affection que ses propres parents.

Albertine Sarrazin était un écrivain né, toute sa vie elle écrit, au lycée, en prison, à l’hôpital. Elle a des phrases fulgurantes, qui ne se comparent qu’à celles de Rimbaud, comme par exemple ce sonnet, et que le film parvient bien à restituer (il faut prêter l’oreille). Leïla Bekhti et Reda Kateb sont épatants, je n’imagine pas d’autres acteurs à leur place (je n’ai pas vu le film de Guy Casaril avec Marlène Jobert et Horst Buchholz, Marlène Jobert devait être bien aussi, mais sans le côté méditerranéen d’Albertine, née à Alger, sans doute avec du « sang hispano-mauresque » dira le rapport de police). Le noir et blanc convient parfaitement à cette histoire des années 1950, de la guerre d’Algérie, dans les rues de Paris et sur la côte normande, contemporaine des 400 coups, d’À bout de souffle, de Pickpocket.

Ultime abandon, Albertine mourra à 29 ans sur la table d’opération entre les mains d’un anesthésiste et d’un chirurgien négligents (ils seront condamnés en justice et de ce jugement résultera une réforme des règles médicales à respecter). Entre temps elle se sera mariée en prison avec Julien, joué dans le film par Reda Kateb, autre délinquant, qui l’aimait vraiment. Outre son mari, son éditeur et ses premiers lecteurs, la plupart de ses fidèles auront été posthumes, je vous invite à rejoindre leurs rangs.


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