Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Un livre d’Hervé Le Bras et Emmanuel Todd
L’invention de la France
enfin réédité avec un nouveau chapitre
Article mis en ligne le 3 avril 2012
dernière modification le 11 avril 2012

par Laurent Bloch
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 Sommaire-

En 1981 paraissait un livre vraiment novateur : L’invention de la France,
écrit et réalisé par le démographe Hervé Le Bras et l’anthropologue
Emmanuel Todd. En effet, ce livre comportait certes quelques 500 pages
d’analyses historiques, démographiques, sociologiques, économiques et
anthropologiques passionnantes et originales, mais aussi plusieurs centaines
de cartes thématiques par département, établies à partir des statistiques
disponibles pour les XIXe et XXe siècles et
dessinées à l’ordinateur par les auteurs.

L’idée conductrice de ce travail considérable était la suivante : « la
France n’est pas une nation comme les autres ; elle n’est pas un
peuple, mais cent, qui ont décidé de vivre ensemble. Or, du nord au
sud, de l’est à l’ouest de l’Hexagone, les mœurs varient aujourd’hui
comme en 1750. Chacun des pays de France a sa façon de naître, de
vivre et de mourir. L’invention de la France est un atlas qui
cartographie cette diversité en révélant le sens caché de l’histoire
nationale : hétérogène... Produit d’une cohabitation réussie, la
Déclaration universelle des droits de l’Homme jaillit d’une conscience
aiguë mais refoulée de la différence. »

Pour se faire une idée, on peut écouter une interview des deux
auteurs

sur France-Inter, ou celle d’Hervé Le
Bras
sur France-Culture. Ce
qui frappe, c’est leur optimisme, leur façon positive d’aborder des questions
qui, trop souvent, mènent à des commentaires étriqués ou sinistres.

Hervé Le Bras et Emamnuel Todd avaient depuis vingt-cinq ans cessé de
travailler ensemble, le lecteur curieux ne peut que se réjouir de voir
à nouveau réunis deux talents aussi complémentaires.

 Un atlas socio-démo-politique

Les titres des cartes piquent souvent la curiosité : Agnosticisme
politique et espérance de vie
, Conservateur, mais non clérical,
Filles publiques en 1856, Suicide et communisme : deux modèles
de diffusion à partir de Paris
. Souvent, comme dans ce dernier cas,
c’est la comparaison entre deux cartes qui suggère des hypothèses.

Peu après la parution de ce livre, j’entrai à l’Institut national
d’études démographiques (INED), où travaillait Hervé Le Bras, pour y
diriger le service informatique, dont il était l’utilisateur le plus
assidu (et vespéral). Cela me donna l’occasion de multiples discussions,
qui comptent parmi les meilleurs souvenirs de ma vie professionnelle.
Un jour, je me plaignis que le département de la Vienne, où j’avais
passé mon enfance et mon adolescence, fût pour toutes les variables
classé entre le quarantième et le cinquantième rang, c’est-à-dire dans
la plus parfaite médiocrité. Hervé, bon prince, n’eut à chercher que deux minutes dans ses fichiers pour exhiber une variable où
la Vienne tenait, et de loin, le haut du pavé : l’infanticide en 1848.
Et ce n’était pas un artefact, parce que les départements environnants
(Charente, Indre, Deux-Sèvres...) secondaient la Vienne. Cette carte
ne fut pas publiée.

 Quoi de neuf depuis 1981 ?

Dans les années qui précédèrent 1981, le Parti communiste avait 25% des
voix aux élections, et le Front national 0,2%. Depuis la situation a bien
changé, et Emmanuel Todd et Hervé Le Bras ne pouvaient pas rééditer
leur livre sans ajouter un chapitre pour prendre en compte cette évolution.
Ce fut fait. Entre temps, Hervé Le Bras a affiné sa technique cartographique,
et il prend désormais en compte des données à l’échelle de la commune.

Nos auteurs, on ne s’en étonnera pas, réfutent les idées qui courent
partout : non, le FN ne s’est pas substitué au PC, leurs implantations
respectives sont différentes, même s’il y a une intersection. Non, le
FN ne représente pas le vote ouvrier : le tiers des ouvriers qui se disent
favorables au FN ne sont qu’une minorité parmi les partisans du FN.
Le vote FN se concentre dans la périphérie lointaine des grandes
agglomérations, ce que l’on appelle pour la région parisienne la Grande
Couronne. On peut sans doute l’attribuer en partie à la pénibilité des
conditions de vie de populations dont le temps et l’argent sont dilapidés
en temps de transport particulièrement pénibles. Mais aussi à l’effet
négatif que la modernité a eu sur elles, tandis qu’au contraire les
populations de l’Ouest bocager, dont la vie aux temps anciens était
assombrie par l’isolement d’un habitat dispersé et par la pauvreté des
moyens de communication, ressentent cette même modernité comme
une libération, grâce aux moyens modernes de communication de
toutes sortes.




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