Blog de Laurent Bloch
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Léon Bloy
L’histoire des Juifs barre l’histoire du genre humain comme une digue barre un fleuve
Article mis en ligne le 4 février 2007
dernière modification le 12 octobre 2017

par Laurent Bloch
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Dans le numéro d’automne 2006 de Commentaire Hubert Heilbronn a écrit un article consacré à Paul Claudel, ses rapports avec les Juifs et son regard sur eux, de la lecture duquel Claudel sort grandi moralement à mes yeux, même si je reste rétif à son style. À cet article je dérobe une citation de Léon Bloy, extraite du texte Le Salut par les Juifs, écrit en réponse à La France juive, le pamphlet antisémite d’Édouard Drumont :

« L’histoire des Juifs barre l’histoire du genre humain comme une digue barre un fleuve, pour en élever le niveau. Ils sont immobiles à jamais et tout ce qu’on peut faire c’est de les franchir en bondissant avec plus ou moins de fracas, sans aucun espoir de les démolir.

On l’a suffisamment essayé, n’est-ce pas ? et l’expérience d’une soixantaine de générations est irrécusable. Des maîtres à qui rien ne résistait entreprirent de les effacer. Des multitudes inconsolables de l’Affront du Dieu vivant se ruèrent à leur tuerie. La Vigne symbolique du Testament de rédemption fut infatigablement sarclée de ces parasites vénéneux, et ce peuple disséminé dans vingt peuples, sous la tutelle sans merci de plusieurs milliers de princes chrétiens, accomplit, tout au long des temps, son destin de fer qui consistait simplement à ne pas mourir, à préserver toujours et partout, dans les rafales ou dans les cyclones, la poignée de boue merveilleuse dont il est parlé dans le Saint Livre et qu’il croit être le feu divin.

Cette nuque de désobéissants et de perfides, que Moïse trouvait si dure, a fatigué la fureur des hommes comme une enclume d’un métal puissant qui userait tous les marteaux. L’épée de la Chevalerie s’y est ébréchée et le sabre finement trempé du chef musulman s’y est rompu aussi bien que le bâton de la populace.

Il est donc bien démontré que rien n’est à faire, et, considérant ce que Dieu supporte, il convient, assurément, à des âmes religieuses de se demander une bonne fois, sans présomption ni rage imbécile et face à face avec les Ténèbres, si quelque mystère infiniment adorable ne se cache pas, après tout, sous les espèces de l’ignominie sans rivale du Peuple Orphelin condamné dans toutes les assises de l’Espérance, mais qui, peut-être, au jour marqué, ne sera pas trouvé sans pourvoi. »

Claudel lui-même, le 24 décembre 1941, terminait une lettre au Grand Rabbin Schwartz par ces mots :

« Je ne serai pas toujours irrité », a dit le Seigneur, par la bouche de son Prophète.


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Léon Bloy
Philippe Nollet - le 21 décembre 2007

j’ai relu le week-end dernier « Le désespéré » de Léon Bloy. Là où, sous les amas de ronces rhétoriques, finit toujours par se dresser, au détour d’un chapitre, des splendeurs frappées de stupeur et de sens pur : un puits d’intuition, l’arcade orgueilleuse d’une métaphore, le trèfle asséché porte-bonheur d’une contraction prodigieusement bien vue, tout le logis de l’érudition cohérente, le fouillis et le clair-obscur des doutes bravement levés, les pierres effondrées – mais rugissantes encore – d’une syntaxe bombée par la mémoire, tous les signes à vif de l’identité humaine crachée sur le papier comme une paire d’amygdales. Alors je vais citer, comme j’aime tant le faire : « Le pauvre homme stérilisait ses raclées en ne les faisant jamais suivre d’aucun retour de tendresse qui en eût intellectualisé la cuisson. ». Tout le contraire de mon père, en somme. « La déliquescente psychologie littéraire de cette fin de siècle n’acceptera pas non plus que d’aussi peu perverses prémisses puissent jamais engendrer une concluante délectation esthétique. » (à transposer en 2007 of course). Arrivé là, je pense à la tête de Bloy, boursouflée et léonine, ses immenses moustaches d’imprécateur zinzin, grimace hideuse d’une infinie beauté, transfigurée de terreur et de joie, de haine et d’amour mélangés, de foi mystique et d’éructations extatiques. Bon, c’est un livre à lire accompagné d’un dictionnaire (et encore, d’un dictionnaire qui accepte les mots rares et précieux, pas le premier Larousse venu) : « Ses yeux étaient perpétuellement dardants et perscrutateurs, comme ceux d’un pygargue en chasse ou d’un loup-cervier » (au hasard). Un bon sens inacceptable dans notre ère d’épiciers épris de « communication » : « Il savait d’avance combien la solitude est nécessaire aux hommes qui veulent vivre plus ou moins de la vie divine. Dieu est le grand Solitaire qui ne parle qu’aux solitaires. ». Des poussées prophétiques séminales : « L’armée des petites ouvrières déambulait à la conquête du monde, la tête vide, le teint chimique, l’œil poché des douteuses nuits, brimbalant avec fierté de cet arrière-train autoclave où s’accomplissent, comme dans leur vrai cerveau, les rudimentaires opérations de leur intellect. ». Bon, c’est toujours un peu redondant, comme tout génie qui encombre, lyrique, proliférant, jusqu’à l’architecture en spirales qui échafaude le tout. Mais quelle ambition formelle, quelle profondeur métaphysique, quelle anachronique – dans nos temps de ce « oui » généralisé vicieux – négation sublime de tout ce qui n’est pas humain, vivant, témoignage de l’abîme des êtres – le travail physique du verbe sur le corps – et de la beauté du monde, de sa dangerosité aussi, de l’enfance qui sait que tout est provisoire, Dieu merci. Et, comme dit l’autre, « Dans quelle joie désormais irons-nous pleurer ? » (Jean-Michel Maulpoix, autre citation).

Léon Bloy
Archéo - le 21 février 2007

Léon Bloy est décidément un immense. Dommage qu’il ne puisse pas diriger la campagne de Ségolène…



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