Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Zahia Rahmani, Sharunas Bartas, Amsterdam
Article mis en ligne le 12 juillet 2006
dernière modification le 1er juillet 2015

par Laurent Bloch
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Licence : CC by-nd

 Zahia Rahmani

C’est l’émission matinale de France Culture qui m’a fait découvrir
Zahia Rahmani l’an dernier. Le soir même de l’émission j’avais lu
« Musulman » roman, son second livre, et plus récemment
Moze le premier, en une nuit de même, non qu’il s’agisse de
lectures faciles, ni que je sois un lecteur rapide, mais plutôt parce
que ce sont des textes lapidaires, tendus et d’une certaine urgence.

Moze, le père de la narratrice du livre qui porte son nom,
harki rescapé du massacre de 1962, évadé vers la France, est un homme
dont personne ne veut reconnaître l’existence, surtout pas les
autorités françaises et algériennes. Moze avait honte de ce pays
où il vivait. Il avait honte pour ce pays. Encore plus que pour lui.

Le matin du 11 novembre 1991, après avoir salué le monument aux morts,
Moze, ni soldat, ni exilé, ni apatride, ni paria, mais banni, se
suicide en se noyant dans l’étang communal.

La narratrice de « Musulman » roman, soeur ou cousine de la
précédente, enfermée dans un cabanon de tôle ondulée, affublée
d’une combinaison orange, s’adresse à nous depuis ce Guantanamo
virtuel et intérieur où l’ont enfermée son identité, son destin,
la bêtise humaine.

La langue française est-elle le refuge de Zahia Rahmani, ou son
évasion de la cellule de tôle ? En tout cas elle l’illustre
magnifiquement, comme peu de contemporains.

 Sharunas Bartas

Je m’efforce de voir tous les films de Sharunas Bartas depuis que j’ai
vu Few of us, film sans paroles où une belle jeune femme aux yeux
bleus arpente les monts Sayane, confins de la Sibérie et de la
Mongolie habités par les Tofolars, héritiers des peuples de la steppe
que la sédentarisation forcée par la colonisation soviétique a réduits
en épaves alcooliques. Images superbes d’insomnie, d’aube, de cruauté
hébétée.

Les trafiquants de drogue de Freedom naviguent au large du Maroc
lorsque la vedette des garde-côtes d’Agadir les canonne : ils
échappent, mais, leur bateau trop endommagé les contraint à atterrir
sur une côte demi-déserte. Dans leur fuite, où ils sont accompagnés
d’une jeune fille rencontrée au port, ils sont secourus par
d’improbables habitants de cette contrée semi-désertique, mais ils
commettent un meurtre et reprennent leur errance sans espoir dans un
paysage lunaire, hallucinant, pétrifié dans des images que l’on dirait
solarisées.

Les Seven invisible men sont de petits délinquants de Crimée que la
crainte de la police entraîne dans une campagne aussi vide que la
steppe des Sayane ou du Maroc, où la population est aussi ravagée par
la déshérence du socialisme réel et la vodka. Cette atmosphère où la
beuverie facilite le passage à l’acte meurtrier est filmée dans des
décors dignes des intérieurs de la peinture flamande ou hollandaise.
Quelques reproductions m’indiquaient la plus grande parenté avec les
toiles de Willem Claeszoon Heda et, surtout, d’Abraham van Beyeren.
Je comptais sur un prochain voyage à Amsterdam et La Haye pour
vérifier cette impression au vu des originaux.

 Amsterdam

Amsterdam fut un bref mais bienheureux voyage de printemps. Le
Rijksmuseum (musée national) et le Stedelijk Museum (musée municipal) étaient malheureusement fermés pour
travaux, ce qui nous priva des Malévitch du Stedelijk. Un bâtiment
annexe abrite les cinq-cents plus belles pièces du Rijks, ce qui
augmente la densité de chefs d’oeuvre mais laisse la frustration que
d’autres les choisissent pour vous. Le musée Van Gogh était, lui,
ouvert, avec en outre une exposition Rembrandt-Caravage. Mais de
Willem Claeszoon Heda et d’Abraham van Beyeren point. J’en ai gardé
quelques images de batailles navales par Van de Velde :

Une chose à savoir si vous allez à Amsterdam à cette époque de l’année :
le 30 avril est l’anniversaire (protocolaire) de la reine. Si le 30
avril tombe un dimanche, la fête est avancée au samedi 29, pour ne pas
empêcher les fidèles d’aller à l’église. Ce jour-là tout est fermé,
les transports publics interrompus, d’ailleurs toute circulation est
impossible parce qu’il y a un bon million de personnes dans les rues
et sur les canaux, chacun peut s’adonner à la brocante et il se boit
des millions de litres de bière. Ce n’est pas antipathique, mais de
nature à contrarier quelques projets. Par exception, on pouvait ce
jour-là visiter le musée Van Gogh et la maison d’Anne Frank.

Et le lendemain à La Haye le Mauritshuis a bien voulu nous ouvrir ses portes, notamment pour sa Vue de Delft, célèbre mais à nulle autre pareille.


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