Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Œstrich-Winkel, Wiesbaden, Mayence, Francfort
Article mis en ligne le 17 février 2017
dernière modification le 27 février 2017

par Laurent Bloch
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Licence : CC by-nd

Œstrich-Winkel, à une vingtaine de kilomètres en aval de Wiesbaden au bord du Rhin, est une petite localité viticole qui abrite le campus de la Business School de l’université de Wiesbaden. Comme une petite-fille de mon épouse poursuit ses études dans cet établissement d’excellente réputation, nous y sommes allés pour lui rendre visite.

Après consultation de Trainline.eu et de lastminute.com, et compte tenu des trois stations de métro qui me séparent de la gare de l’Est, notre choix fut de prendre le train, nettement plus commode que l’avion et aussi rapide de porte à porte, eu égard à la complexité croissante des formalités d’embarquement dans les aéroports. À l’aller ce fut un ICE Paris-Stuttgart jusqu’à Karlsruhe via Strasbourg, puis le Zürich-Hambourg des Chemins de fer confédéraux (doté d’un wagon restaurant helvétique de bien meilleure allure, avec ses nappes blanches, que les sinistres wagons bars du TGV, mais nous n’avons hélas pas eu l’occasion d’y déjeuner) jusqu’à Mayence, puis huit minutes de Mayence-Wiesbaden et vingt minutes de Wiesbaden-Œstrich-Winkel. Au retour, idem jusqu’à Mayence, puis le train suisse du retour jusqu’à Mannheim (pas le temps d’y déjeuner), et un TGV Mannheim-Paris via Kaiserslautern et Sarrebruck. Rétrospectivement, pour un coût légèrement supérieur il aurait été plus confortable de prendre un TGV ou un ICE Paris-Francfort sans correspondance, puisque de Francfort part chaque demi-heure un train régional du Rheingau qui dessert directement Œstrich-Winkel en moins d’une heure.

Le développement viticole de la vallée du Rhin dans cette région est impressionnant, tous les espaces non bâtis sont plantés de vigne (avec aussi quelques vergers). Nous y avons bu d’excellents Riesling, ce qui était attendu, mais aussi, et cela me semble le fruit d’une évolution récente, de délicieux rouges de Hesse, récoltés quasiment à la porte de notre chambre d’hôte. Le campus qui abrite les efforts studieux des étudiants est à taille humaine, joliment aménagé et fréquenté par des étudiants des quatre coins du monde (les cours sont presque tous en anglais). Bon, c’est assez rural, les environs manquent sans doute un peu de bars et de boîtes de nuit au goût de cette jeunesse, mais je pense qu’il y a tout ce qu’il faut à Wiesbaden, et pour une centaine d’euros par semestre les étudiants disposent d’un passe qui leur donne libre accès à tous les transports publics du secteur, y compris pour aller à Mayence, de l’autre côté de la frontière des Länder (Wiesbaden est la capitale du Land de Hesse et Mayence, à une dizaine de kilomètres, celle du Land de Rhénanie-Palatinat).

Église protestante à Wiesbaden

Wiesbaden est une ville d’eau, dont elle a gardé un style helvétique cossu un peu froid et une église orthodoxe russe, souvenir du séjour de nombreux sujets du Tsar, au nombre desquels Dostoïevski et quelques exilés politiques.

L'église russe de Wiesbaden

L’église russe est sur les pentes du Neroberg, dont nous fîmes l’ascension. En été il y a un funiculaire, mais en cette saison il est à l’arrêt, ainsi que les croisières sur le Rhin, fleuve vraiment très impressionnant à cet endroit. Céline et sa grand-mère sont allées aux Thermes de l’empereur Frédéric, mais cette épreuve m’a été épargnée.

Francfort, les bords du Main

Francfort a été à peu près rasée pendant la guerre, et la reconstruction lui a donné le visage d’un immense centre commercial à peu près dépourvu de charme, malgré quelques rues encore bordées de vieilles maisons en grès rose et les bords du Main, très agréables.

Le martyre des Apôtres

Sur la rive sud du Main sont les musées, dont un musée de la communication et le Stædel Museum, avec ses magnifiques collections de peinture ancienne et moderne, ainsi qu’une exposition temporaire sur la guerre des genres („Geschlechterkampf. Franz von Stuck bis Frida Kahlo“).

Erich Heckel

Nous y découvrîmes un peintre français qui semble peu connu en son pays, Théodule Ribot.

Théodule Ribot, « La bouteille vide »

C’est au Stædel Museum que j’ai pu accroître un compte amusant que je tiens : un gardien s’est approché de moi pour me demander très aimablement si j’étais turc, parce qu’il observait une ressemblance très frappante entre l’un de ses oncles, frère de son père (lui-même portait un patronyme turc), et moi. Je lui ai répondu que j’étais français, que sa méprise était due au fait que j’étais juif, et j’ai suggéré que cette ressemblance physique ne pouvait qu’être le signe d’affinités culturelles propres à une bonne entente. Je suis à peu près sûr qu’il savait à quoi s’en tenir, cette aventure m’est déjà arrivée souvent exactement dans ces termes, une fois avec le directeur de l’Institut Pasteur de Téhéran par exemple. Et encore, un jour je descends du bus rue de Rennes, une dame se jette littéralement sur moi : « Cher Maître, j’ai tellement aimé votre dernier roman ! ». Moi : « Vous me confondez sûrement avec quelqu’un d’autre, je n’ai écrit aucun roman ». Elle : « Allons, ne faites pas le modeste, vous êtes bien Tahar Ben Jelloun ? — Ah non, désolé ». En moins plaisant, rue de la Chine, en sortant de l’hôpital Tenon, par une nuit sombre, à l’époque mes cheveux étaient encore en bonne partie noirs, un coupé Fiat avec trois hommes à bord fonce sur moi avec deux roues sur le trottoir, je me range entre les arbres, la voiture fait demi-tour et revient me frôler : « On t’aura la prochaine fois, sale bougnoule ! ».

Cathédrale de Mayence

À mon goût Mayence est la plus belle ville de la région, avec une cathédrale imposante, l’église Saint-Étienne sur une éminence avec des vitraux de Chagall, beaucoup de belles maisons et, c’est bien le moins, un superbe musée Gutenberg (mais qui n’éclipse pas pour autant le musée de l’imprimerie de Lyon).

Dans la cathédrale de Mayence

Nous y déjeunâmes excellemment dans un restaurant installé dans un ancien bâtiment ecclésiastique, juste derrière le musée Gutenberg. Mayence semble la meilleure escale gastronomique de la région, sans oublier un excellent restaurant à Œstrich-Winkel, à deux pas de notre chambre d’hôte. À Francfort, les restaurants locaux n’étaient guère séduisants mais TripAdvisor nous avait orientés sur un très bon restaurant grec.

Linotype

Outre l’intense activité agricole et industrielle de la région, qui se traduit par un gros trafic de péniches porte-containers sur le Rhin, nous avons été frappés par la modicité des prix de la vie courante ; notre chambre comportait une petite cuisine, nous faisions quelques courses au super-marché du coin, les prix des denrées courantes étaient très inférieurs aux tarifs français.

P.S. :

Il m’est impossible de retrouver le nom de l’auteur du tableau qui représente un petit pont dans un sous-bois, dont la photo est est ci-dessus. Si un lecteur le trouvait et me le communiquait, je lui en serais reconnaissant. En fait : Erich Heckel !


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