Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Un livre de Hubert Haddad
Palestine
Article mis en ligne le 17 janvier 2009
dernière modification le 27 septembre 2009

par Laurent Bloch
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Depuis le début de l’attaque israélienne sur Gaza,
les actualités me labourent le crâne. On peut penser
à la guerre d’Algérie : pays transformé en prison,
massacres de civils, abolition de la dignité
humaine, avilissement des agresseurs.

Demain il y aura sans doute une trêve, un cessez
le feu, que sais-je, mais je ne vois pas ce que
cela aura changé quant au fond. D’accord, les
Palestiniens de Gaza cesseront de recevoir des
obus sur la tête, les malades dans les hôpitaux
pourront dormir sans craindre un obus, ils
pourront manger, ils auront de l’eau et peut-être
même de l’électricité, mais c’est quand même la
moindre des choses. Pour le reste, ils
continueront de vivre à 1,4 millions dans un
territoire grand comme un canton rural français,
entouré de barbelés, une sorte de camp de
concentration privé de tout. Soumis aux
humiliations quotidiennes, aux interdictions de
toutes sortes : circuler, étudier, travailler,
vivre en un mot. Et cela depuis quarante ans. Les
conséquences de cette souffrance quotidienne sont
ravageuses.

Le roman de Hubert Haddad ne se passe pas à Gaza,
mais en Cisjordanie. La vie des Palestiniens n’y
est pas très différente, les privations et les
humiliations sont semblables, il y a des nuances
dans les vexations. Attentes interminables et
filtrages arbitraires aux checkpoints, quadrillage
du territoire par les routes de contournement et
le mur de sécurité auxquels s’ajoutent d’autres
zones interdites, qui imposent au moindre
déplacement des heures de détours, lesquelles
peuvent être fatales s’il s’agit d’aller à
l’hôpital. Voici, à ce propos, un
extrait du texte d’Azmi Bishara Checkpoint.
En plus de tout cela, les colons
israéliens, agressifs, violents, meurtriers quand
l’occasion s’en présente, pour le confort desquels
l’armée israélienne expulse les habitants de
quartiers entiers, à Hébron par exemple, barre les
rues, arrache les plantations, dresse des barrages
entre des paysans et leurs terres.

Nous pouvions déjà lire un beau roman écrit en
français qui évoque la vie en Palestine occupée :
L’Attentat de Yasmina Khadra. L’intrigue (ce
mot n’est pas approprié, mais je n’en trouve pas
d’autre) en est cinglante : « Dans un restaurant
bondé de Tel Aviv, une femme fait exploser la
bombe qu’elle dissimulait sous sa robe de
grossesse. Toute la journée, le docteur Amine,
Israélien arabe, opère à la chaîne les
nombreuses victimes de cet attentat. Au milieu
de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital
pour lui apprendre sans ménagement que la
kamikaze est sa propre femme. » Amine voudra
savoir comment sa femme a pu en arriver à une
telle résolution : cette interrogation le conduira
en Cisjordanie près de ceux qui ont fourni la
bombe, puis à la mort.

Le récit de Hubert Haddad est aussi audacieux :
près du mur qui sépare la Cisjordanie d’Israël, un
groupe de fedayin attaque une patrouille
israélienne, tue un des militaires et enlève
l’autre, le soldat Cham, qui en fait était censé
être parti en permission. Lors de la
contre-attaque israélienne, les fedayin sont
tués. Cham laissé sans connaissance, en habits
civils, sans aucun document qui permette de
l’identifier, est recueilli par le ferrailleur
gitan Amoun, qui croit reconnaître le fils disparu
d’Asmahane, une femme palestinienne aveugle dont
le mari a été tué par les Israéliens lors d’un
assassinat ciblé. Amoun confie Cham à Asmahane et
à sa fille Falastìn, qui porte le nom de la
Palestine en arabe. Il s’avère que le choc a
laissé Cham amnésique, et comme il parle
couramment arabe, ses hôtesses ainsi que lui-même
peuvent imaginer qu’il est Nessim, le fils
d’Asmahane, le frère de Falastìn, beauté tragique
dont il tombe éperdument amoureux. En Israël,
personne ne sait qu’il a été enlevé, il n’est pas
porté disparu ni recherché.

Depuis que, petite fille, elle a assisté à
l’assassinat de son père, Falastìn s’est retirée
de la vie, elle est anorexique. Elle a dû
abandonner ses études parce que les checkpoints
bloquent le passage vers l’université, elle
participe à un groupe militant contre
l’occupation.

Les services secrets israéliens se rapprochent du
groupe de Falastìn, Nessim et elle doivent fuir à
Hébron et se séparer. Ils se retrouveront pour une
nuit de chasteté partagée, retourneront au village :
la maison a été détruite en représailles par
l’armée israélienne, Asmahane n’a pas lu l’avis de
démolition, et pour cause, et elle a été ensevelie
sous les décombres.

Après la mort d’Asmahane à l’hôpital, Falastìn
disparaît. Manastir, le photographe qui hébergeait
Nessim, est arrêté, sa maison murée, sa collection
de photos de la Palestine d’antan détruite.
Nessim, seul, désemparé, part rejoindre les
militants radicaux qu’il avait rencontrés chez
Manastir : ils lui fournissent les papiers volés
quelques jours plus tôt à un soldat israélien du
nom de Cham et l’envoient à Jérusalem, où un
membre de leur réseau l’équipera d’une ceinture
d’explosifs.

Hubert Haddad est romancier, mais aussi
poète, son style est superbe et cette tragédie
contemporaine, dont les héros sont une aveugle,
une anorexique et un amnésique, appelle les noms d’Antigone, de
Juliette, d’Andromaque.



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