Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Postface à Occupation(s) :
Article mis en ligne le 29 avril 2007

par Colette Bloch
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Le 29 avril 2007, Colette Bloch publie ici une postface à son texte Occupation(s) :, suivie d’un index des personnalités citées.

 En guise de postface

Je croyais avoir perdu, au cours d’un déménagement, toutes
les lettres et cartes interzones que j’avais reçues au cours de ces
deux années 41 et 42 passées en prison à Clermont et à Riom. Un
autre déménagement me les a fait retrouver récemment (fin 2005) et je
viens de les relire.

Eh ! bien, j’ai honte de le dire : j’avais oublié que ma mère
m’a écrit très assidûment, non pas une fois, mais trois fois par
semaine, ma sœur Renée régulièrement ; que mes amies de
lycée [1] m’ont
écrit tant qu’elles ont eu le droit de le faire, de janvier à juin
41, et qu’ensuite elles sont venues (et leurs mères aussi) voir mes
parents ; que mes amis auvergnats [2] se sont joints à ma famille pour
me faire parvenir de la nourriture dès que cela a été autorisé ; que
mon beau-frère Marcel (veuf de ma sœur Geneviève) m’a écrit toutes
les semaines jusqu’à son propre emprisonnement au fort de Collioure,
remplacé alors par sa mère et sa fille (ma nièce Annie). Tout ce
monde s’est démené pour me procurer les aliments les plus rares,
sucre, beurre en conserve, fruits secs, des vêtements chauds, les
livres que je demandais Š et je l’avais trouvé normal !

Il en était de même pour Michel à Nontron ; c’est le poète
Louis Parrot qui recevait à Clermont les envois des tantes de Michel
(réfugiées en zone sud) et répartissait les colis sur chaque mois
selon le poids autorisé. J’ai reçu récemment une copie des lettres
concernant toute cette activité nourricière.

Nous sommes-nous bien rendu compte des efforts que cela
représentait pour nos familles ? Parents et amis ont fait beaucoup
pour notre santé physique et morale. Je pense d’ailleurs qu’ils
trouvaient cela naturel, même si c’était une difficulté considérable
s’ajoutant à toutes celles de cette époque. Mais en ce temps-là
chacun faisait ce qu’il y avait à faire, c’était
une évidence, c’est tout.


Je voudrais faire ici une mention spéciale au sujet de François Le
Lionnais car j’ai été choquée de trouver dans un numéro de
l’Humanité de janvier 1946 l’entrefilet suivant :

« Un certain François Le Lionnais, exclu du parti, cherche à prendre
contact avec des organisations amies. Le recevoir comme il le mérite. »

Il était revenu des camps depuis quelques mois seulement ; j’ignore
ce qu’on lui reprochait, je n’ai trouvé par hasard ce journal que
bien des années après et c’est le nom qui m’a sauté aux yeux. Je
n’avais jamais revu ce « personnage », certes singulier, mais d’une
culture exceptionnelle, et cela m’a incitée à signaler le cas
d’autres camarades qui avaient risqué leur vie pendant la guerre et
s’étaient vus condamner par l’appareil du Parti. C’est l’objet des
notes suivantes.

Il faut bien constater que les sectarismes pro-soviétique et
populiste, la méfiancc envers les anciens brigadistes et les anciens
résistants et déportés, le culte de la (des) personnalité(s) et
l’absence de démocratie interne ont stérilisé et fini par tuer le PC.
Puisse-t-il revivre en mieux.

 Notes concernant des personnalités que nous avons citées et quelques autres

Robert Marchadier (un des premiers communistes condamnés à mort, avec
Marcel Lemoine de l’Indre), après la Libération conseiller municipal
de Clermont, a été déchu de ses responsabilités en 1953.

Etienne Néron, ancien responsable du P.C à Thiers, arrêté le 18
Janvier 1941, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le
Tribunal militaire de Clermont, évadé de la prison de St-Etienne en
septembre 43, très affaibli, a rejoint le maquis. Il a fini la guerre
homologué capitaine FFI. En 47-48 il a été suspendu puis exclu du
Parti malgré (?) la grande popularité dont il jouissait à Thiers.

Jean Chaintron, « préfet de la Résistance » à la Libération de Limoges,
sénateur, non réélu au Comité central, non représenté au Sénat en
1958, banni puis exclu du P. C.

Marcel Prenant, biologiste, professeur à la Sorbonne, non réélu au
C.C., a quitté le Parti avant même « l’affaire Lyssenko ».

Laurent Casanova, Marcel Servin, Maurice Kriegel-Valrimont (lui qui
était aux côtés de Leclerc et Rol-Tanguy pour recevoir la reddition
des nazis à Paris) ont été écartés des instances dirigeantes du P. C.

Henri Lefebvre, philosophe marxiste, a quitté le Parti ; il semble que
celui-ci lui ait « pardonné ».

Jacques de Sugny (que Michel a connu dans les cabinets ministériels
communistes de 45 à 47) résistant très actif en Vivarais, a été accusé
de malversations financières ; l’ayant connu, on s’interroge.

Maxime Rodinson, linguiste éminent, a quitté le Parti puis s’en est rapproché.

Certains camarades, après avoir été accablés d’injures, ont eu droit
à des « excuses », tel Georges Guingouin en Limousin ; pour d’autres
cela est resté un drame irréparable.

Sans parler de Charles Tillon, premier organisateur de la résistance
à Bordeaux, maire d’Aubervilliers et député après la guerre, ou
d’André Marty accusé d’être de la police !

Sans doute bien d’autres militants et/ou élus, moins connus, ont été
exclus ou sont sortis du Parti à un moment ou à un autre alors que
c’étaient des hommes et des femmes de valeur, d’un grand courage et
d’une grande honnêteté intellectuelle et qui, pour ces raisons,
disaient ce qu’ils avaient à dire et ne transigeaient pas. Beaucoup
d’entre eux étaient d’origine populaire, ouvrière ou paysanne ;
souvent ils avaient été amenés à la culture, à la réflexion par le
Parti lui-même, leur université à eux. Antoine Porcu, ancien député
communiste de Meurthe-et-Moselle, ne me démentira pas ; il est
l’auteur de plusieurs livres à la mémoire de résistants de la
première heure, communistes et cégétistes ( Editions Le geai bleu).
Comme moi il a été membre du Parti communiste pendant près d’un
demi-siècle et ne l’est plus - mais nos amitiés, nos sentiments et
nos opinions n’ont pas changé. Et nous ne sommes pas les seuls ; je
citerai seulement deux éminents universitaires récemment disparus :
Jean-Pierre Vernant, grand résistant, historien et savant helléniste
et Ellen Constans, professeur à l’Université de Limoges. L’Humanité
leur a rendu hommage ( ce qui, en d’autres temps, n’aurait peut-être
pas été aussi chaleureux - on peut s’en féliciter).

Dans le même esprit je tiens à mentionner un très beau film d’Yves
Jeuland intitulé Camarades / Il était une fois les communistes
français / 1944 - 2004
,
dans lequel Antoine Porcu témoigne avec une émotion communicative.
Disponible en DVD à la Compagnie des Phares et Balises, le film est
en deux parties de 80 minutes chacune :
Les certitudes, 1944 - 1968 et Les doutes et le désarroi, 1968 - 2004.

Notes :

[1Charlotte Henry de La Blanchetais, Simone Renaudin, Suzanne Labie,
Françoise Alexandre, Jeanne Mattéi qui a contacté Lucy Prenant, notre
prof. de philo (épouse de Marcel Prenant et mère du géographe André
Prenant qui avait été l’élève de Michel au lycée Montaigne à Paris).

[2Hélène Rault et sa famille, le Dr Joubert (Mme Joubert étant
internée à Rieucros) puis leur fils Alain (ensuite arrêté et déporté
comme Nicole, revenu mais malade et mort jeune), M. et Mme Desserin
jusqu’à leur arrestation (ils furent déportés et lui, grand malade,
ne revint pas).



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