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Blog de Laurent Bloch
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Un film de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti :
Sibel
Article mis en ligne le 27 mars 2019
dernière modification le 28 mars 2019

par Laurent Bloch

L’action de ce très beau film est dans les montagnes qui dominent la Mer Noire à l’Est de la Turquie, région déjà montrée dans un autre beau film, Miel de Semih Kaplanoğlu. L’héroïne, Sibel, 25 ans, est muette depuis une maladie de son enfance, mais elle peut s’exprimer dans un langage sifflé, pratiqué dans cette région du village de Kusköy. Au début du film on la voit participer à la récolte du thé, mais les autres femmes la tiennent à l’écart par crainte que son infirmité ne porte malheur et ne se transmette à leurs enfants. Sibel sait, et son père Emin sait aussi, qu’elle ne pourra ni se marier ni avoir une place normale dans ce village très traditionnel où chacun surveille chacun. Mais cette exclusion des normes sociales lui donne aussi des libertés, sortir sans voile et posséder un fusil que son père lui a donné.

Avec son fusil, Sibel arpente les forêts des environs à la poursuite d’un hypothétique loup dont la crainte empêche les autres femmes de s’aventurer trop loin du village. Elle a creusé une fosse profonde où elle dépose des appâts pour le loup. Et un jour elle trouve dans les bois un jeune homme blessé très mal en point, dont on devine qu’il fuit les autorités. Après un affrontement, Sibel entreprend de soigner et de nourrir le fugitif, finalement le seul être (hormis Emin) qui la considère comme une personne semblable aux autres.

Sibel a aussi une amie, Narin, une femme âgée qui habite une maison perdue dans la montagne, et qui a un peu perdu la tête, elle attend un fiancé improbable, Fuat, et elle tient prête depuis des années et des années la robe pour son mariage et son trousseau. C’est Sibel qui lui apporte à manger, ce qui lui permet d’approvisionner le fugitif sans trop attirer l’attention de son père Emin, qui est épicier, veuf et maire du village.

Fatma, la jeune sœur de Sibel, comme toutes les jeunes filles du village, vit dans l’attente impatiente d’un mariage arrangé, et fréquente les festivités de fiançailles de ses amies. Un jour Sibel se rend à une de ces fêtes, mais sa sœur la chasse parce qu’elle a honte d’elle.

Un jour Emin annonce que la marieuse du village lui a proposé un fiancé pour Fatma, et qu’il a accepté. Sibel objecte que sa sœur est trop jeune et doit poursuivre ses études, mais Fatma la traite de jalouse et se montre ravie du mariage.

Il y a un mythe du village : le Rocher de la Mariée, en pleine montagne, où les nuits de fiançailles un feu doit être allumé pour annoncer l’événement aux habitants, et ce feu ne peut pas être allumé par un homme, mais voilà, avec le loup, les femmes n’osent plus monter à ce rocher, et la tradition se perd. Il sera un jour allumé, mais pas comme on pourrait le croire.

Sibel collecte dans la forêt des os épars, elle pense que ce sont ceux du loup, elle veut reconstituer son squelette pour prouver sa mort, mais sont-ce bien des os de loup ?

Toutes ces intrigues entamées connaîtront des issues imprévues dans ces paysages majestueux. Le personnage de Sibel restera totalement incompréhensible pour les habitants du village, à commencer par Emin, mais elle tirera Fatma d’un bien mauvais pas. Difficile d’en dire plus, mais vous devriez aller le voir.


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