Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Dans Les Échos
Trois points d’actualité économique et politique
Zaki Laïdi, Pascal Salin, Philippe Jurgensen
Article mis en ligne le 18 juillet 2008
dernière modification le 20 mai 2009
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De temps en temps j’achète Les Échos : c’est un journal digne de
foi, ce qui devient rare. Le numéro des 11 et 12 juillet publiait
en sa page 13 trois points de vue perspicaces : La rente contre le
développement
de Zaki Laïdi, Faut-il supprimer les niches
fiscales ?
de Pascal Salin et Comment faire baisser l’euro ?
de Philippe Jurgensen.

 La rente contre le développement par Zaki Laïdi

Cet article examine les chances de succès du projet d’Union pour la
Méditerranée : elles ne sont pas estimées très haut. L’auteur note
qu’entre les rives Sud et Nord de cette mer les niveaux de vie des
habitants sont dans un rapport de 1 à 12, et que les indicateurs du
développement humain calculés par le PNUD pour le Sud sont fort bas
et en baisse régulière. Mais surtout, les dirigeants au pouvoir sur la
rive sud n’ont aucun intérêt au développement de leurs pays, qu’ils
perçoivent non sans raison comme une menace contre leurs régimes.

Zaki Laïdi nous invite à considérer cette rive Sud en l’élargissant au
Moyen-Orient arabe, qui lui est lié par des liens étroits, et à
remarquer que ce n’est pas l’argent qui y manque, c’est le moins que
l’on puisse dire : le sous-développement ne résulte pas du manque de
ressources, mais de leur allocation sous-développante, si l’on ose
dire. Dans la plupart de ces États (Laïdi donne l’exemple de
l’Égypte), « la quasi-totalité [des] ressources ont un caractère
rentier (aide américaine, tourisme, revenus des immigrés, redevances
du canal de Suez)... Les régimes rentiers ont de l’argent, mais ils
veillent à ce que cet argent reste sous leur contrôle et ne génère
aucune création de richesse locale autonome qui pourrait leur
échapper. »

En effet, la naissance d’une économie locale créatrice de richesses
comporterait l’existence d’entrepreneurs et de salariés auxquels les
revenus de leur travail confèreraient une autonomie sociale bien
supérieure à celle du chômeur maintenu au seuil de la survie par des
aumônes gouvernementales calculées au plus juste, ou à celle du courtisan stipendié. Dès lors que toute ressource procède du bon vouloir du despote local dans la distribution des miettes de la rente, le pouvoir de celui-ci est (relativement) assuré.

Zaki Laïdi souligne alors l’impossibilité pour ces régimes d’être
démocratiques, dans la mesure où leur domination est assise sur « la
canalisation et le contrôle de l’expression de la société. »

Ainsi devient compréhensible la situation en Algérie, où l’argent du
pétrole et du gaz coule à flots depuis la hausse des cours, où le
chômage atteint des taux très élevés, et où les pouvoirs publics font
massivement appel à la main d’œuvre chinoise pour des emplois peu
qualifiés dans les travaux publics et le bâtiment. Cette politique en
apparence absurde devient parfaitement logique dès lors que l’on a
compris que sa seule raison d’être est le maintien et la consolidation
de la position des détenteurs du pouvoir.

Je sors ici du compte-rendu pour dire des choses qui ne sont pas dans
l’article de Laïdi : préférer subventionner des assistés, qui ainsi
continueront à dépendre du subventionneur et constitueront sa
clientèle, plutôt que de leur donner les moyens de gagner leur vie en
participant à la création de richesses, n’est pas le monopole des
dictateurs de la rive Sud. La politique de l’emploi et de l’aide
sociale menée par le gouvernement Jospin m’a semblé ne pas être
totalement exempte, mutatis mutandis, de ce genre d’arrière-pensées : c’est ce que l’on
appelle partout hors de notre pays « le choix français du chômage ».

 Faut-il supprimer les niches fiscales ? par Pascal Salin

Les idées de Pascal Salin ne sont pas toujours les miennes, mais là
son point de vue est inattaquable. Qui confectionne les niches fiscales ?
Les hommes politiques, dont l’objectif est d’être élus ou réélus. Pour
atteindre cet objectif, la théorie montre que « l’idéal est donc pour
eux de trouver des mesures avec des bénéficiaires ciblés et repérables,
alors que le coût de ces mesures est supporté de manière diluée par un
grand nombre de contribuables inconscients du cadeau que l’État les
oblige à faire aux autres... Les niches fiscales sont donc un instrument
très attractif... Mais lorsqu’elles s’accumulent de façon excessive
— comme en France — elles limitent l’action étatique. »

Le labyrinthe de niches fiscales qui encombre le paysage français
impose à l’économie des distorsions dommageables : « les décisions
économiques sont donc souvent déterminées non pas seulement par leur
rentabilité propre, mais par les avantages fiscaux qu’elles peuvent
apporter. » Ainsi, « pourquoi le plafond [de déductibilité fiscale]
est-il de 6.000 euros pour la souscription de parts de fonds communs
de placement dans l’innovation, alors qu’il est de 25.000 euros pour
des travaux réalisés dans des logements touristiques ou pour les
souscriptions au capital de Soficas (cinéma français) ? » Pascal
Salin évoque à mi-mots les délicieux repas au cours desquels ces
seuils ont pu être négociés, et pour lesquels le lobby du tourisme
connaissait sans doute de meilleurs restaurants que les innovateurs.

Que faire des niches fiscales ? Les supprimer toutes, préconise Salin,
en allégeant la fiscalité. En effet, les technocrates prétendent que
les niches « coûtent à l’État 73 milliards », mais une grande partie
des activités qui échappent à ces 73 milliards d’impôts hypothétiques
n’existent que pour profiter des niches, et disparaîtraient sans elles.
Tandis qu’une réduction uniforme de la fiscalité encouragerait
l’activité économique en général et sans distorsions arbitraires.

 Comment faire baisser l’euro ? par Philippe Jurgensen

Comme la plupart de ses collègues économistes, Philippe Jurgensen
pense que « Jean-Claude Trichet a raison [de ne] pas désarmer face à
l’inflation. » L’inflation est un des moyens à la disposition des pays
aux économies inefficaces et mal gérées, comme la France, pour faire
partager aux autres, l’Allemagne par exemple, le coût de leur
impéritie et de l’insuffisance de leurs efforts. L’inflation est aussi
un moyen de satisfaire démagogiquement des revendications sans en
payer la note, et les gouvernements français y ont abondamment recouru
dans le passé, ce que la zone euro rend plus problématique
aujourd’hui.

Mais Jurgensen pense aussi que Trichet « a tort [de] laisser le
cours de change de l’euro continuer à monter sans réagir. » Certes,
« les menaces inflationnistes sont tout à fait réelles, puisque la
hausse des prix au sein de la zone euro atteint le niveau le plus
élevé depuis sa création, à 4%... Pour étouffer dans l’œuf la
renaissance d’une inflation dont les ménages modestes sont les
premières victimes, la BCE dispose d’un instrument : le maintien
de taux d’intérêt assez élevés. Il n’est pas anormal qu’elle
l’utilise. »

Moyennant quoi la politique monétaire plus stricte en Europe
qu’aux États-Unis mène à un taux de change de l’euro « surévalué
de 20 à 30% par rapport à son niveau d’équilibre, en termes de
parité de pouvoir d’achat... ce qui dépasse les limites du
raisonnable. »

Mais alors, sans baisse des taux d’intérêt, comment enrayer la hausse
de l’euro ? « utiliser un outil puissant, qui permet de déconnecter
la fermeté intérieure de l’évolution extérieure de notre monnaie :
celui des interventions sur les marchés des changes. »

Pour être efficaces, de telles interventions doivent être massives,
si possible coordonnées, et « aller dans le sens indiqué par
les grandeurs économiques fondamentales. »

De telles interventions ne dérogeraient-elles pas à l’économie
libérale de marché ? Que nenni : « il s’agit ... de corriger des
excès du marché, non de s’y substituer — et de lutter à armes
égales avec des compétiteurs, chinois notamment, qui n’hésitent
pas, eux, à utiliser l’arme du taux de change. »

Jurgensen pense que de telles actions ont toutes chances de
succès, « car, outre l’effet psychologique de renversement
des anticipations, une banque centrale dispose de réserves
illimitées lorsqu’elle agit pour faire baisser sa propre
monnaie... Et la création interne de monnaie qui en résulte
peut être “stérilisée” par des opérations de reprise
des liquidités sur le marché monétaire. »




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