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Bioinformatique au Cnam
La formation professionnelle des adultes, un impératif cyberindustriel
Article mis en ligne le 17 mai 2017
dernière modification le 19 mai 2017

par Laurent Bloch
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Licence : CC by-nd

 Urgence de la formation professionnelle

La plupart des candidats à l’élection présidentielle ont insisté sur la nécessité d’améliorer nos dispositifs de formation professionnelle, notamment ceux qui s’adressent aux adultes, et ils ont eu raison.

En effet, comme nous sommes en pleine révolution cyberindustrielle, le paysage économique se transforme à grande vitesse, et, par conséquent, l’offre et la demande d’emploi aussi. Des activités disparaissent ou émigrent, qu’il est illusoire d’espérer maintenir à coup de subventions, et il est donc urgent de tout mettre en œuvre afin que les travailleurs de ces activités puissent se réorienter vers d’autres emplois. La formation professionnelle des adultes ne peut pas tout, mais elle peut beaucoup, à condition d’être orientée convenablement.

La dépense publique de formation professionnelle en France est de l’ordre de 32 milliards d’euros par an [1]. La plupart des observateurs s’accordent à dire que l’usage de ce budget considérable n’est pas optimal, qu’il ne serait surtout pas de nature à remettre sur le chemin de l’emploi les travailleurs les plus menacés ou les plus démunis ; moins de 15 % de cette somme est destinée à la formation des chômeurs, par exemple. Je n’aborderai pas ici ce problème dans sa généralité, d’autres en parleront mieux, je me limiterai à un volet de ce dispositif que je connais bien, le Conservatoire national des Arts et Métiers (Cnam). À l’appui de mes propos je vais exposer ce qu’était le Cnam, ce qu’il est, ce que j’y ai fait et ce que j’y fais.

 Le Cnam, aux avant-postes de la promotion supérieure du travail

Conformément au décret n° 88-413 du 22 avril 1988 [2], le Cnam avait alors « principalement pour mission d’assurer la promotion supérieure du travail et la formation professionnelle continue [...] À cet effet [il choisissait] ses enseignants compte tenu de leur connaissance des réalités professionnelles ». De 1988 à 1991 j’ai dirigé son Laboratoire d’informatique, parmi les missions duquel figurait l’administration du réseau de l’établissement, la fourniture de moyens de calcul aux équipes d’enseignement et de recherche, la coordination informatique de la centaine de centres régionaux d’enseignement.

 Bioinformatique au Cnam

Depuis 2003 je contribue aux enseignements de bioinformatique du Cnam, qui au début consistaient en un simple certificat de compétence, avant la création d’une licence professionnelle, puis d’un diplôme d’ingénieur [3]. Ces enseignements procurent à des techniciens biologistes, ou plus généralement à des détenteurs de diplômes de biologie, en sus de leur formation initiale, des savoirs et des compétences en informatique, désormais indispensables dans ce domaine, et de nature à leur permettre de conserver ou de trouver un emploi, puis de progresser dans une carrière de bioinformaticien.

Rien n’est plus urgent que ce type d’enseignement. En effet l’offre d’emplois de techniciens biologistes à l’ancienne mode (fermenteurs et pipetman...) recule. De façon plus générale, il y a une disproportion considérable entre les effectifs d’étudiants en biologie et l’offre d’emplois, je l’avais déjà constaté lorsque j’étais à l’Institut Pasteur. Il y a par contre une demande croissante pour des diplômés qui à leur formation initiale en biologie ont adossé une formation complémentaire en informatique, d’où le succès du cours Pasteur d’informatique en biologie que nous avions créé, décrit par l’article indiqué par le lien précédent. La biologie d’aujourd’hui ne se conçoit plus sans informatique. Au cours Pasteur nous avions des étudiants avec des doctorats, parfois de bons postdocs, sans emploi, et qui tous ont trouvé du travail grâce aux bases de l’informatique que nous leur donnions. Les seuls qui n’ont pas compris cela, ce sont les biologistes français, surtout dans le monde universitaire.

 Quel avenir pour ces enseignements ?

Pour enseigner l’informatique au Cnam à des biologistes il faut avoir conscience de quelques particularités : la plupart des étudiants qui ont choisi la biologie en formation initiale ont pris cette voie pour éviter les mathématiques, il ne faut donc pas leur enseigner l’informatique avec des exemples empruntés aux mathématiques, d’ailleurs ce n’est pas à ce type d’applications qu’ils auront affaire. Il y a suffisamment de matière avec les algorithmes de texte, de tri, de recherche, de dénombrement, qui sont ceux qui servent en biologie.

Sauf exception, les auditeurs du Cnam ne visent pas une carrière de chercheur. Beaucoup d’entre eux ont déjà dû apprendre le français, qui n’était pas leur langue maternelle, pour poursuivre leurs études. Il faut donc enseigner en français, avec des documents en français. Cela existe, pas seulement ceux que j’ai écrits moi-même.

Au début de ces enseignements, lorsqu’il n’y avait qu’un certificat de compétence, leur positionnement n’était pas clair et je voyais une proportion non négligeable d’auditeurs qui se demandaient un peu pourquoi ils étaient là et surtout pourquoi on s’attendait à ce qu’ils écrivent des programmes informatiques. Avec la création de la licence professionnelle et du diplôme d’ingénieur la situation s’est améliorée, il y avait un cursus visible qui attirait un public motivé, avec de bons résultats.

Aujourd’hui la filière bioinformatique part en quenouille, le renouvellement du diplôme d’ingénieur est en suspens, la licence professionnelle a été fusionnée avec celle de « biotechnologie », dont les responsables n’ont pas vocation à s’occuper de bioinformatique (il s’agit de biotechnologie au sens français, à l’ancienne). Ils continueront à former des techniciens biologistes à l’ancienne mode, voués au chômage, et la bioinformatique va péricliter. La responsabilité de cette situation est partagée avec les bureaucraties conjuguées du Cnam et du ministère, qui administrent l’enseignement selon une vision comptable, comme une charge à réduire, et qui veulent « rationaliser » en regroupant des enseignements qui n’ont pas grand-chose en commun. Bon, on me promet que le diplôme d’ingénieur sera maintenu, j’en accepte l’augure.

Dès lors que le Cnam s’est mis à ressembler de plus en plus à une université ordinaire et à recruter son corps enseignant sur les mêmes critères que les universités, il était inévitable que la mission de formation professionnelle continue tombe en désuétude, sauf éventuellement pour des formations financées à des niveaux élevés par des entreprises. Mais les cours du soir payés par les auditeurs pour des frais d’inscription symboliques n’intéressent plus personne. C’est pourtant la mission première du Cnam, et ce dont le pays a besoin.

Notes :

[1Comme expliqué dans l’article, cette dépense ne provient pas entièrement du budget de l’État, mais je la classe en dépense publique parce que, par exemple, la contribution des entreprises, qui est de 43 % du total, est une obligation légale, qui si elle n’est pas satisfaite donne lieu à taxation par le Trésor public.

[2Ce texte a depuis été annulé et remplacé par un nouveau décret plus conforme au verbiage contemporain et qui dilue les missions du Cnam dans une bouillie managériale.

[3Depuis ma retraite en 2012 je ne perçois plus de rémunération, en vertu d’un texte très discutable, le décret n°87-889 du 29 octobre 1987 relatif aux conditions de recrutement et d’emploi de vacataires pour l’enseignement supérieur (version en vigueur du 23 septembre 2004 au 15 mai 2015), que d’ailleurs certaines universités interprètent différemment, comme Grenoble (je recommande vraiment la lecture de ce texte grenoblois, qui expose clairement ce que le décret noie dans une bouillie verbale indigeste). Ce texte pourrait facilement être attaqué devant les juridictions européennes, mais j’ai mieux à faire, et d’ailleurs si j’avais effectué une carrière d’enseignant-chercheur je serais au mieux émérite, sans rémunération non plus, alors tout est bien, fors le caractère immoral du travail non rémunéré. Soit dit en passant, le statut de vacataire, lorsqu’il concerne non pas des travaux épisodiques comme c’est ici le cas, mais des emplois à plein temps, est scandaleux, l’employeur privé qui tenterait d’agir ainsi se retrouverait rapidement devant un tribunal. La fonction publique est riche d’avantages indus pour les titulaires, mais marâtre pour les vacataires et les CDD.

Forum
Répondre à cet article
La formation professionnelle des adultes, un impératif cyberindustriel
Kwame Yamgnane - le 19 mai 2017

Et meme que si on regarde l enquete insertion de la conference des grandes écoles, il y a entre 15 et 25% suivant les années, des élèves qui 6 mois après la sortie des écoles qui est au chômage... mais chut !

La formation professionnelle des adultes, un impératif cyberindustriel
Eric Gressier - le 18 mai 2017

Merci Laurent pour cet instantané de la situation en bio-informatique au Cnam.

Je suis un enseignant/chercheur au département informatique, maintenant appelé EPN05. Je suis professeur des universités. Laurent a été mon patron à diverses occasions : au laboratoire d’informatique du cnam, et, lors de la formation en bio-informatique à l’institut Pasteur.

Malheureusement, en informatique au CNAM, le constat est peu différent de celui que fait Laurent. Les mêmes méthodes produisent les mêmes effets. Le corpus d’étudiants et d’enseignants est plus important en informatique, du coup, les effets prennent juste un peu plus de temps à être manifestes.

Les missions initiales du Cnam, telles qu’elles ont été définies à l’origine à la révolution française, sont toujours d’actualité, et de façon toujours aussi impérative. C’est une évidence si on veut que les citoyens puissent se re-former et aller vers de nouveaux emplois comme le rappelle Laurent dans ce contexte de révolution cyberindustrielle.

Mais ce qui m’attriste le plus, c’est ce que m’ont dit quelques anciens auditeurs en informatique du Cnam, que j’ai croisé récemment et qui y reviennent pour reprendre de la formation une dizaine d’années plus tard : "L’esprit de l’abbé Grégoire a quitté les murs du Cnam".

Le Cnam n’appartient pas à l’administration. Le Cnam est un bien commun, un bien d’utilité publique. Et il doit le rester car sa mission de formation professionnelle tout au long de la vie est une contribution au bon fonctionnement de la société et peut nourrir la démocratie.

Ce texte est à prendre comme un témoignage.

La formation professionnelle des adultes, un impératif cyberindustriel
Elisabeth Porteneuve - le 18 mai 2017

Nous sommes 18/05/2017. Il y a deux jours, un ami d’un ami, sur ma requête, a pris des données csv du site INSEE et a calculé que 55,3% de population de 25 ans ou plus en France n’a pas de baccalauréat. Alors je pense qu’il faut trouver une autre méthode pour dépenser 32 milliards/an.

Bien amicalement



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