Site WWW de Laurent Bloch
Slogan du site

ISSN 2271-3905
Cliquez ici si vous voulez visiter mon autre site, orienté vers des sujets moins techniques.

Pour recevoir (au plus une fois par semaine) les nouveautés de ce site, indiquez ici votre adresse électronique :

Va-t-on enfin prendre l’informatique au sérieux ?
Dans ce pays.
Article mis en ligne le 1er août 2008
dernière modification le 2 janvier 2009
logo imprimer
D’autres remarques, liées à celles-ci, sur la vie à l’université :
mes premières observations à l’université,
et le contraste lors de mon passage de RSSI à DSI.

Écrire à l’auteur

Décennie après décennie, puisque je fais ce métier depuis exactement quarante ans, je ne laisse d’être étonné et consterné par la désaffection de mes concitoyens à l’égard de l’informatique, qui ne
change guère avec le temps et le rajeunissement des cadres,
contrairement à ce que l’on serait en droit d’espérer.

J’ai rencontré des managers anglais, américains, allemands, belges,
suisses, autrichiens, de divers domaines d’activité privés ou publics :
aucun ne se serait autorisé le splendide détachement de leurs
collègues français vis-à-vis des systèmes informatiques qui font
fonctionner leurs entreprises, tous avaient à cœur non seulement de
savoir les utiliser avec dextérité, mais aussi de savoir comment ils
fonctionnaient, afin notamment de pouvoir porter sur eux un jugement et ainsi de savoir en choisir un meilleur le cas échéant.

En France, plonger dans les arcanes du logiciel et de la base de
données qui contrôlent toute votre activité et sans lesquels votre
existence professionnelle serait purement et simplement abolie, par
exemple pour un DRH le système d’information des ressources humaines, c’est, presque toujours encore, perçu comme le travail de quelqu’un d’autre, un hypothétique informaticien, hypothétique parce que celui dont on attend qu’il fasse votre métier à votre place n’existe en général pas, ou alors « une petite main », locution qui dénote chez celui qui l’emploie une arriération irrémédiable, une vision bureaucratique quasiment de l’époque de Stendhal et de Balzac.

Il me faut quand même nuancer le propos : ce diagnostic d’inaptitude
informatique des responsables est plus vrai dans le secteur public,
dont le statut confère une impunité totale aux gens qui refusent de
faire ce qui serait de toute évidence leur travail, que dans le
secteur privé, où sauf à de très hauts postes les gens sont quand même
bien obligés de se mettre à ce travail, sinon ils sont éliminés.
Il y a sans doute là un facteur explicatif (parmi d’autres) du faible
taux d’activité des quinquagénaires et sexagénaires dans notre pays :
la caractéristique de cette tranche d’âge de la population active
française est certes une formation souvent inadaptée, mais cette
formation a pu être refusée par l’intéressé.

Ce qui rend le problème particulièrement difficile à résoudre, c’est
que l’exemple vient d’en haut : il existe bien en France une « fracture
numérique », mais elle n’est pas forcément où on le croit, ses
victimes (qui en sont aussi les coupables) sont à chercher au sommet
de la hiérarchie sociale, au sein des élites économique, culturelle et
sociale, où l’on pense que toucher un clavier d’ordinateur, acte
technique et partant subalterne, serait déroger à son rang.

Bref, une des conditions pour que la France cesse de décrocher chaque
jour un peu plus du peloton de tête des pays développés, ce serait que
les responsables de tous niveaux, de toutes fonctions et dans tous les
secteurs prennent enfin au sérieux les tâches qui leur incombent dans le
système d’information. Il y a fort à faire, et après quarante ans de
tentatives assez vaines je doute que ce soit possible sans un choc
violent qui remette en cause profondément la légitimité de nos élites
et le mode de leur production. Le précédent choc de ce genre au eu
lieu en 1940, et il a permis les bouleversements à l’origine du
rattrapage connu sous le sobriquet de « trente glorieuses », le
prochain viendra peut-être d’une crise économique majeure. Ce n’est
pas gai, le prix serait élevé, mais franchement je ne vois pas de
raison pour que cela change autrement : les jeunes technocrates sont
aussi suffisants et incompétents que leurs aînés.


Forum
Répondre à cet article


pucePlan du site puceContact puceMentions légales puceEspace rédacteurs puce

RSS

2004-2017 © Site WWW de Laurent Bloch - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.15