OVH Summit

Manifestation intéressante d’une entreprise respectable
mercredi 9 octobre 2013
par  Laurent Bloch
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 Vive OVH !

OVH est mon fournisseur depuis plusieurs années pour quelques sites hébergés, quelques noms de domaines et un petit serveur virtuel. Je n’ai qu’à me féliciter de leurs services (je n’en dirais pas autant de certains autres), ainsi lorsque le serveur de messagerie que j’avais imprudemment installé sur mon serveur a été victime d’un zero-day, leur système de surveillance l’a immédiatement détecté et a automatiquement désactivé les accès publics, tout en m’ouvrant un accès de service pour me permettre de réparer.

Fort de l’estime que m’inspirait cette société créée il y a une quinzaine d’années par une famille d’immigrés polonais sans un sou de capital, aujourd’hui un leader européen et même mondial, pas sur un petit marché de niche, mais dans le domaine de l’informatique en nuage (cloud computing), je décidai de m’inscrire à leur manifestation OVH Summit du 8 octobre 2013, et je m’y suis rendu (non sans quelques aventures sur le trajet, racontées ici).

OVH Summit réunissait quelques 1 500 personnes aux Docks de Paris, à la Plaine Saint-Denis (entre la Porte de la Chapelle et le Stade de France), endroit fort agréable, où l’on peut observer la naissance d’une nouvelle ville, avec de nouvelles activités industrielles, liées à l’informatique. Ainsi, des Data Centers y ont été construits pour tirer parti de l’excellente desserte du quartier par EDF, conçue à l’origine pour alimenter cette zone jadis dévolue à l’ancienne industrie, aujourd’hui disparue.

 Facteurs du succès d’OVH

Octave Klaba, le DG, a présenté l’entreprise : onze Data Centers, dont un au Canada pour alimenter le marché d’Amérique du Nord tout en bénéficiant d’une législation sur la protection des données personnelles compatible avec les directives européennes. Pour le réseau, OVH ne fait pas appel à des FAI, mais loue de la fibre noire et construit son réseau privé redondant avec ses propres équipements, afin de maîtriser ses débits et ses temps d’accès, mais aussi pour pouvoir suivre les évolutions très rapides de la technologie de transmission par fibre optique. De même, ils assemblent leurs serveurs, n’externalisent pas leur centre d’appel et de support, et restent au contact de leurs clients. Bref, ils sont adeptes du « fait à la maison ». Normal, ils ne vivent que de leur clientèle, et comme ils ont oublié de recruter des inspecteurs des finances, ils ne bénéficient d’aucun marché protégé ni d’aucune subvention publique.

Henri Klaba, le père du précédent, PDG, ingénieur mécanicien de formation, s’occupe de tous les aspects physiques de l’infrastructure : 60 000 m2 de salles machines, des centres capables de loger chacun 400 000 serveurs physiques, des serveurs à refroidissement liquide conçus et fabriqués par eux (cela divise le volume par deux). OVH produit lui-même une partie de son énergie, avec des éoliennes de 1 MW conçues et fabriquées par eux. Au Canada, ils sont installés à Beauharnois, en amont de Montréal, près d’un barrage hydroélectrique sur le Saint-Laurent ; ce centre les met à 4ms de New-York, et ils ont aussi leur propre fibre transatlantique.

Pour résumer les secrets de leur succès : pas de compromission avec les autorités politiques, pas de marchés publics, ne pas suivre les conseils des experts en management. Le contraire d’Alcatel, quoi.

 Les clés de l’échec d’Alcatel-Lucent

Aujourd’hui, après l’annonce de nouveaux résultats catastrophiques et d’un vaste plan de réduction d’activité (10 000 suppressions d’emplois, dont 900 en France), tout le monde pleurniche sur le triste sort d’Alcatel-Lucent (ce matin encore A. Montebourg sur France-Culture).

Il se trouve que depuis 25 ans j’ai souvent trouvé cette entreprise sur mon chemin, et que ce qui leur arrive n’est que la conséquence prévisible et méritée d’un management arrogant, incompétent et myope. Dommage pour les personnels qui n’auront pas trouvé de meilleur employeur.

Pendant de longues années Alcatel (et son conjoint Lucent, ex-AT&T) se sont engraissés sans fatigue sur le dos du monopole des télécoms. Il y a vingt-cinq ans j’avais parmi mes responsabilités celle des marchés de télécommunications du Cnam. Pour l’appel d’offres d’achat d’un autocommutateur pour un site déporté, j’ai reçu un revendeur Alcatel : son comportement était indescriptible, en-dessous de tout seuil d’éthique commerciale, avec des propositions que j’aurais cru réservées à certains potentats tropicaux.

Alcatel fut un des derniers équipementiers télécom à comprendre que l’avenir était à l’Internet, même pour la téléphonie. Et son PDG, Serge Tchuruk, ne rêvait que d’« industrie sans usines ». Pendant ce temps-là, Huaweï travaillait. Il est faux que les équipementiers chinois fassent du dumping : ils sont juste meilleurs. Et la politique protectionniste américaine pour les routeurs de cœur de réseau, que Montebourg admire tant, va juste plomber de 20 à 30% les comptes d’investissement des opérateurs américains.

Les recettes de l’échec d’Alcatel : inspecteurs des finances et X Télécom à tous les étages, soutien gouvernemental, marchés publics protégés. Bref, la grande industrie à la française, qui nous a conduits à 40 milliards d’euros de déficit annuel de la balance des paiements. Merci.

 Commentaires des lecteurs


Commentaires

Logo de JM Planche
mercredi 9 octobre 2013 à 14h24 - par  JM Planche

Ajouté au tableau, ce qui est le plus grave pour moi ... la cécité totale de la notion d’écosystème moderne et ouvert. Peut être une conséquence des baronnies et des protectorats ...? En tous les cas, un rapport certain avec l’arrogance de ceux que nous avons tous croisés un jour sur notre chemin.
En France, nous av(i)ons de grandes entreprises IT ... Alcatel et de grandes SSII qui auraient pu permettre à beaucoup de petites entreprises du numérique d’accéder au marché plus vite, moins difficilement et donc moins couteusement.
Résultat ... no comment. Sauf que quand le vaisseau amiral est attaqué, on pleure de ne pas avoir su s’entourer d’une flotille agile, apte à défricher de nouveaux terrains et guider l’armada dans des eaux plus sûres. Là, Alcatel est seul et c’est bien dommage. Non pas que la flotille ne veut plus jouer, elle est juste trop loin et trop occupée à elle même ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Une autre chose encore ... je rappelerais qu’Alcatel a aussi été bien inspiré en rachetant Xylan et Newbridge ... qu’ils ont du considérer comme de "simples" produits, sans doute et non le résultat d’une démarche différente qui aurait pu (du) les transformer de l’intérieur. Occasion ratée de plus.

Maintenant qu’il semble y avoir un pilote dans l’avion, espérons que ce soit un visionnaire et que les financiers lui laisse les moyens et non un "manager / gestionnaire" comme on en voit tant, car elle est là la chance d’Alcatel et la chance de la France de jouer encore en première division dans des secteurs stratégiques ... chance aussi pour des milliers d’entrepreneurs qui ne comprennent peut être pas qu’ils sont aussi concernés.

Site web : http://www.jmp.net
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mercredi 9 octobre 2013 à 15h02 - par  EE

Bonjour,
Intéressant commentaire que le votre !
Permettez moi d’apporter quelques précisions. OVH dispose de 12 datacenters dont 11 en France. Malgré ses très nombreux atouts, je trouve un peu exagéré de le décrire comme étant le "leader européen et même mondial" du cloud computing - vous oubliez peut être Amazon (AWS et E3), Microsoft voire Rackspace...

Bref, concernant le passage sur Alcatel vous niez que les équipementiers chinois fassent du dumping. Jusqu’à preuve du contraire, ca a tout de même été prouvé par la Commission européenne et par d’autres d’ailleurs. Le problème n’est pas là selon moi, il est purement technologique + les problèmes de management et de gestion que vous décrivez (et qu’apparemment vous connaissez mieux que moi).

Ce que je n’ai pas compris c’est cette phrase : "Et la politique protectionniste américaine pour les routeurs de cœur de réseau, que Montebourg admire tant, va juste plomber de 20 à 30% les comptes d’investissement des opérateurs américains". Que voulez-vous dire exactement ? Que le protectionnisme américain ne fonctionne pas, ou mal ?

Merci

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mercredi 9 octobre 2013 à 15h11 - par  Laurent Bloch

OVH est sans doute moins grand qu’Amazon, mais il est d’ores et déjà un acteur de premier plan. Je n’ai pas écrit « le » leader, mais « un » leader.

Les preuves de dumping par les équipementiers chinois, fournies par la commission européenne : il ne me semble pas que ce soient les meilleurs experts pour ce sujet. Certes, les coûts de main d’œuvre sont bas en Chine, mais, aussi, les routeurs Huaweï sont bons. Très bons même, d’après leurs clients que je rencontre.

Si le gouvernement américain applique de façon efficace les mesures protectionnistes qu’il a annoncées, les opérateurs américains seront privés de routeurs Huaweï (qui a annoncé de son côté renoncer au marché américain), et ils devront donc payer leurs matériels actifs de 20 à 30% plus cher.

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mercredi 9 octobre 2013 à 15h39 - par  Pierre Gounon

Chapitre édifiant !
Je retiens ce commentaire : mais pourquoi ils perdent ? Tout simplement parce que les autres sont meilleurs.
Mais ça personne ne veut l’entendre et surtout pas ceux qui dirigent et qui nous dirigent.
Ces derniers doivent être quelque peu autistes !
Le changement de mentalité est-il possible ? Parfois j’en doute.
Bonne continuation à tous.
PG

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mercredi 9 octobre 2013 à 15h52 - par  EE

Au temps pour moi sur "un" leader.

Sur les produits Huawei, et même ZTE, aucun problème : c’est de la très bonne qualité et même parfois, voire souvent, des produits innovants. Je ne conteste pas du ce point.

Merci pour la précision sur le dernier point. En revanche, dans le cas des Etats-Unis qui refusent les routeurs coeur de réseau Huawei, vous parlez bien ici de protectionnisme "sécuritaire" et non de protectionnisme économique. Ce qui fait une grosse différence puisque dans le cas d’Alcatel-Lucent c’est bien d’argent que l’on parle ! D’ailleurs, le matériel acheté 20 à 30% plus cher reviendra probablement à des entreprises américaines non ...?

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mercredi 9 octobre 2013 à 16h08 - par  Laurent Bloch

Oui, les routeurs que les opérateurs américains n’achèteront pas à Huaweï permettront peut-être de renflouer Juniper. Bon, mais c’est peut-être le moment, pour des PME innovantes européennes, de se lancer dans le routage avec du SDN (Software Defined Network), par exemple OpenFlow. Qui sait, on peut toujours rêver ?

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mercredi 9 octobre 2013 à 18h09 - par  JM Planche

>Oui, les routeurs que les opérateurs américains n’achèteront pas à Huaweï permettront peut-être de
>renflouer Juniper. Bon, mais c’est peut-être le moment, pour des PME innovantes européennes, de se
>lancer dans le routage avec du SDN (Software Defined Network), par exemple OpenFlow. Qui sait, on peut >toujours rêver ?
Cela me semble difficile tant les mêmes causes reproduisent les mêmes résultats. Pour cela, il faudrait :
1/ qu’un Alcatel comprenne qu’il ne reproduira pas le coup du GSM et que ce n’est pas la normalisation qui élève (durablement) aujourd’hui les barrières,
2/ qu’en France, on se meurt de ne pas savoir s’organiser ensemble et qu’aider les petits permet de s’aider soit même,
3/ que l’innovation et le disruptif ne se décrètent pas, c’est un état d’esprit. Ensuite pour le DEVELOPPEMENT, il faut encore que les conditions extérieures ne soient pas trop défavorables.

Ensuite, tout deviendra possible !

PS : l’histoire de la compétitivité du prix d’achat d’équipements est un faux problème. Je vis maintenant aux US et je mesure mieux ce que nationalisme veut dire et surtout le rapport qualité / prix de certaines solutions.
Ici, ils ont de la marge ... et surtout un public prêt à payer beaucoup plus cher pour un produit ("proudly made in USA"). Et je dirais ... qu’ils ont raison. Entre un ecoystem qui me (égoistement) permet de nous développer en payant le triple play 140$ et un autre qui est de facto limité et ne permettra pas de nous développer et dont le triple play coute 30 € ... il n’y a pas photo.
Maintenant il va aussi être difficile de passer sur 30 ans d’ostracisme ... "proudly made in France", à part pour les produits de luxe, le fromage et le pinard, cela prête à sourire ... et ça, c’est inadmissible et doit absolument changer. Là aussi, il y a beaucoup à faire et cela ne commence pas (que) par une vareuse.

Site web : http://www.jmp.net
Logo de Eric Gressier
mercredi 9 octobre 2013 à 23h11 - par  Eric Gressier

pour les PME qui fabriquent des routeurs et qui relevent ou peuvent s’engager sur SDN... 6Wind ?

Logo de dcousquer
jeudi 10 octobre 2013 à 01h07 - par  dcousquer

Le protectionnisme chinois ne joue pas forcément que par des mesures ciblées. La sous-évaluation monétaire est un élément de protection structurel, moins visible et plus efficace. Nous l’utilisons, de notre côté, à l’envers...