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Chercheurs et ingénieurs en informatique

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Rappel de la discussion
Chercheurs et ingénieurs
Emmanuel Saint-James - le 29 juillet 2014

Je commente tardivement cet article, suite à une discussion commencée dans le forum d’un article postérieur qui recoupe celui-ci en partie.

La thèse de docteur-ingénieur a disparu lors de la réforme Savary de
1983, en même temps que la thèse de 3e cycle. Ces 2 thèses duraient 2
ans et ont été remplacées par la thèse d’université, qui se fait
officiellement en 3 ans. On préparait ennsuite une thèse de doctorat
d’Etat, qui se faisait en encore plus longtemps, plus de 10 ans dans
certaines disciplines. On était censé y montrer qu’on avait une pensée
scientifique originale, ce qui s’accompagnait hélas souvent de
l’option "avec arrogance" que tu dénonces. Celle-ci aussi la réforme
Savary l’a supprimée, et remplacée par un dossier de publications nommé
"Habilitation à Diriger les Recherches", qui sanctionne le fait qu’on
a pénétré les réseaux de publication, ce qui n’est pas forcément la
même chose.

En 2004, la réforme du LMD a supprimé les diplômes Bac+5 nommés DEA
(Diplôme d’Etudes Approfondies) destiné aux futurs chercheurs, et DESS
(Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées) qui délivraient
l’équivalent d’un diplôme d’ingénieur. Ils ont été remplacé par le
diplôme de Master, au début estampillé soit "recherche" soit
"professionnalisant" (comme si la recherche n’était pas une profession
 !), différenciation très vite abandonée. Par ailleurs, des écoles
dites d’ingénieur demandent depuis quelques temps de pouvoir délivrer
le diplôme de doctorat, longtemps apanage de l’université, ce que
l’Etat commence à leur accorder. C’est d’autant plus choquant que les
écoles dites d’ingénieur, délivrent aujourd’hui une formation qui est
plutôt celle de manager, de moins en moins celle d’ingénieur, que
l’université a été sommée reprendre, parfois avec bonheur. Les écoles
d’ingénieur confient d’ailleurs souvent à des universitaires, affaiblis
par la baisse de leur salaire réel, les rares cours d’ingénierie
qu’elles prévoient encore.

Ainsi donc les pouvoirs publics, toutes obédiences politiques
confondues, ont programmée la suppression de la différence entre
chercheurs et ingénieurs, quant à leur formation du moins. Ce qui est
décrit dans l’article est indéniable, mais concerne une époque qui se
termine. Il y aurait lieu de s’en réjouir s’y cela provenait d’une
soudaine compréhension entre les deux milieux, afin que les équipes
mixtes que tu évoques soient enfin encouragées. Malheureusement cela
provient d’une profonde incompréhension des pouvoirs publics de cette
différence qui, comme toute différence, est à la fois riche de
potentiels et grosse de tensions. Il est demandé aux laboratoires
publics aujourd’hui de faire non plus des découvertes, mais de
l’innovation : c’est le sens de l’affaiblissement des organismes de
recherche commencé par la loi LRU, poursuivi par la modification
récente du code de l’éducation, qui ajoute aux missions de
l’université celle de transfert, avec un budget en baisse pour
augmenter ses chances de rater toutes les missions à la fois.

Devant cette pression de ce qu’il faut bien appeler le patron commun à
ces deux communautés, qui voient leur prestige social s’effondrer,
leur pouvoir d’achat baisser, leur droit du travail s’approcher de
ceux des intermittents du spectacle (à force de se comparer à des
artistes, les chercheurs ne devraient pas s’en étonner), il convient
d’aborder le problème avec les outils d’analyse politique
habituelle. Quand on voit deux catégories de salariés se méfier l’une
de l’autre au lieu de s’unir face à de telles évolutions, on peut être
certain qu’on est en face de l’éternel "diviser pour régner" patronnal.
Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est la disqualification du savoir
scientifique, commun aux ingénieurs et aux chercheurs, considéré par
les managers comme connaissance vulgaire parce que très vite
périssable du point de vue de l’utilitarisme commercial. On peut
relire les descriptions de Marx quant à la dépossession du
savoir-faire de l’artisan, transmis à la machine : ce n’est pas très
éloigné de ce que vit la communauté scientfique aujourd’hui, tous
statuts professionels confondus.

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