Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
Une seule politique pour développer le pays, et beaucoup de fausses voies démagogiques
Article mis en ligne le 26 janvier 2015

par Laurent Bloch
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Pour augmenter le niveau de vie de la population d’un pays plusieurs politiques sont possibles.

Le seul vrai moyen d’atteindre ce résultat est d’augmenter la productivité des entreprises. Les moyens d’y parvenir sont connus : recherche et développement d’un côté, investissements de l’autre, c’est à dire, dans les deux cas, du travail qui n’est pas consacré au gain immédiat, mais à la constitution d’un capital (machines, usines, infrastructures, brevets, logiciels), qui est du travail « en stock », par opposition au travail « vivant » consacré à la production immédiate (que les économistes me pardonnent ces raccourcis schématiques).

Il y a d’autres moyens d’augmenter le niveau de vie de la population : par exemple, la conquête et le pillage de pays étrangers. C’est ce qu’ont fait l’Angleterre et la France pendant leur période coloniale (et cela continue sous une forme plus hypocrite). C’est ce qu’ont essayé de faire les nazis pendant la guerre, pour solder les dettes contractées pour accroître artificiellement le revenu allemand à la fin des années 1930.

Les pays qui disposent de matières premières ont un troisième moyen : la rente procurée par la vente de leurs richesses naturelles, ce qui revient à manger son capital. Ainsi le Vénézuela de Chavez, au lieu d’utiliser la rente pétrolière pour développer le pays, l’a consacrée à une politique clientéliste de cadeaux ciblés politiquement qui laisse le pays à demi ruiné. J’ai entendu un excellent exposé de Philippe Chalmin, professeur à Dauphine, sur la « malédiction des matières premières » : les revenus de la rente déclenchent un afflux d’importations qui en définitive ruine les entreprises locales et met le pays en situation de dépendance. Il n’y a qu’à regarder l’Algérie.

Il est également possible de faire croire à la population que l’on augmente son niveau de vie. Ce fut la politique de la France des années 1950 à 1982. La politique salariale, à l’époque largement pilotée par les pouvoirs publics, consentait des augmentations plus généreuses que ce qu’aurait permis l’accroissement de la productivité, puis finançait ces augmentations par de fréquentes dévaluations monétaires et par une inflation de l’ordre de 15% par an. Une telle politique spolie les épargnants et assèche les investissements.

Aujourd’hui avec l’euro la dévaluation monétaire est impossible et l’inflation est encadrée par la BCE : reste la dette, c’est-à-dire faire payer par les générations futures les améliorations de niveau de vie des générations actuelles.

La Grèce avait choisi de combiner la solution de l’endettement avec la fraude : établir des comptes falsifiés pour détourner des fonds européens, ne pas recouvrer l’impôt dû par ses contribuables, s’endetter à une hauteur telle que ce ne sera jamais remboursable. Les taux d’intérêt étaient très élevés, mais en rapport avec la confiance que l’on pouvait accorder au débiteur.

La Grèce a ainsi amélioré le niveau de vie de sa population dans des proportions bien supérieures à ce que l’augmentation de la productivité aurait permis normalement. Maintenant elle se demande comment ne pas payer. Visiblement ce procédé suscite l’enthousiasme d’une partie de la gauche française, qui rêve d’en faire autant dans notre pays. C’est misérable.

Il n’y a qu’une politique pour développer le pays : renforcer l’éducation à tous les niveaux, stimuler la recherche et le développement, encourager l’investissement. Le reste n’est qu’escroquerie démagogique.


Forum
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Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
Aredius - le 29 janvier 2015

L’enthousiasme français, on le comprend ! Nous aussi vivons sur la dette. On pourra dire que ce n’est pas notre faute, que c’est celle des élus. Et que d’ailleurs, ils ne sont élus que par une partie de la population.
Et puis on expliquera que les USA sont bien plus endettés. On pourra même faire des comparaisons en changeant le dénominateur (nombre de citoyens, nombre de contribuables, PIB, etc).
Et qui détient la dette ? je crois savoir que l’assurance-vie ça marche pas mal en France. Que les fonds de pension (Ah oui, pas de ça chez nous... sauf pour les fonctionnaires - que je suis sans y être - avec Préfonds retraite qui nous fait de la pub) sont détenus par des citoyens...

Au fait, on ne nous parle plus du premier ministre italien ... et de ses réformes géniales.

On nous apprend aujourd’hui que le nouveau gouvernement grec ne suit pas l’UE sur la politique ukrainienne. On apprend aussi que le nouveau premier grec, celui du changement, n’a pas changé l’usage. Comme il est l’usage en Grèce, le nouveau Premier Ministre est allé directement chez le Metropolite Orthodoxe pour se faire bénir.
Il y a quelques années j’ai pu entendre (sous-titrage en anglais) à la télé en Grèce certaines de ces élites orthodoxes proférer des horreurs, s’appuyer sur les discours d’Hitler. On n’en disait rien en France.

Sur l’Ukraine, on comprend que la religion n’est pas pour rien dans la politique. Nous les cathos romains, on a oublié le schisme !

P.S. Notre premier est en Chine....

Deux positions :
http://sianpouli.eklablog.com/qui-paie-ses-dettes-se-rembourse-a114452756

http://grincheux.de-charybde-en-scylla.fr/?p=812&more=1&c=1&tb=1&pb=1

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
Wassef - le 28 janvier 2015

Bonjour Laurent,
outre le fait qu’une partie de cette dette me paraît assez illégitime, je m’interroge sur les taux d’intérêt très élevés appliqués à la dette grecque. Par hypothèse, le prêteur demande un taux plus élevé que le taux courant s’il pense qu’il y a un risque de défaillance de l’emprunteur. Le taux élevé est censé compenser ce risque. Ce que l’on constate aujourd’hui est donc assez contradictoire : taux élevé ET obligation de payer sa dette jusqu’au bout. J’aimerais que l’on m’explique.

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
Laurent Bloch - le 28 janvier 2015

Pour ce qui est de payer la dette jusqu’au bout, cela ne se fera pas. Le risque de défaut était bien réel. La Grèce a grugé, c’est clair. Maintenant les banques se sont sucrées, c’est clair aussi.

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
Laurent Bloch - le 26 janvier 2015

Oui, les objections des uns et des autres m’amènent à préciser :

- si le niveau de vie de la population progresse plus vite que la productivité, il y a quelque-part une dette qui devra bien être payée un jour ;

- mais si les salaires croissent moins que la productivité, c’est qu’ils sont surtaxés ; ce peut être au profit d’actionnaires avides, ou dans le mouvement d’un effort national librement consenti ;

- si l’ensemble de la société grecque a été arrosée par la cavalerie comptable, tout le monde n’en a pas profité également : les armateurs et l’Église orthodoxe ont profité d’une façon particulièrement éhontée, mais il serait hypocrite de passer sous silence les dizaines de milliers de postes de fonctionnaires créés sans autre raison que le clientélisme ; et les banques, bien sûr, se sont goinfrées au passage ;

- et aujourd’hui qu’il faut payer, plus ou moins, les plus démunis sont bien sûr les premières victimes.

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
Bernard Perrot - le 26 janvier 2015

Peut-être faut-il aussi citer au moins un moyen de ne pas augmenter la productivité d’une entreprise par la R&D, c’est de rémunérer les actionnaires en priorité au détriment du réinvestissement dans l’outil de travail, voire planter l’entreprise quand elle a été saignée à blanc. Ce que tu cites concernant le pillage passé des colonies, ça existe toujours, mais se situe au niveau du pillage des capacités de production des entreprises, petites ou grandes, par asphyxie au profit des seuls actionnaires, qui iront mettre leurs sous ailleurs dès que leur "investissement" ne sera plus assez rentable. C’est un paradoxe qui frise à l’imposture actuellement de ne pas arrêter de dire au gens que c’est la crise, tout en faisant le constat que la richesse d’un petit nombre ne cesse d’augmenter ! C’est en ce sens que pour les populations, l’austérité est devenue insupportable au constat qu’elle ne touche que les plus démunis et que les actionnaires continuent de se goinfrer. Les populations touchées, les électeurs, n’ont pas tous la capacité ni les connaissances pour évaluer tous les mécanismes économiques très complexes d’aujourd’hui, mais perçoivent par contre sans difficulté l’injustice qui nait de ces disparités astronomiques actuelles entre ceux à qui on demande des efforts, et ceux que cela ne concerne pas et continuent de s’enrichir, y compris en détruisant l’outil de production dans lequel ils ne voient qu’une source de profit à très court terme. Dans ce contexte, il faut sans doute accepter plus rassurant que les électeurs grecs se tournent vers la gauche du Pasok que vers l’extrême droite.

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
Vernin - le 26 janvier 2015

Mon pauvre ami ! Je suis, évidemment, totalement d’accord avec vous. Cela signifie que vous, et moi, retardons de plusieurs guerres.

Vous semblez vouloir parler au citoyen de Platon ; trop tard. Il faut vous habituer au citoyen de Nabila.
Hélas !

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
jl Pamart - le 26 janvier 2015

Bonjour

Bien entendu, se soustraire aux remboursements de dettes est "misérable". Dans ce cas, arrêtons de mettre les entreprises en "cessation de paiement" et arrêtons de donner la possibilité aux particuliers particulièrement endettés de diminuer leurs dettes (dossiers de sûrendettements).

Ce qui ne va pas dans ce genre de raisonnement : les responsables ne sont pas habituellement les payeurs et je ne vois pas pourquoi cela serait le peuple grec (et les générations suivantes) qui payeraient pour les lâchetés de ses dirigeants.

Le crédit est-il un outil au service du développement ?

Cordialement

ENCORE LE MARTEAU ET LA FAUCILLE ?
BL "Burt" Pelletier - le 26 janvier 2015

Laurent,
Excellente analyse - J’ajouterais un élément à la politique de développement que tu préconises : Développer une culture d’honnèteté et de rigueur dans la gestion des fonds publics.
"Keep’em coming" comme on dit ici au Texas !
Bertrand

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
- le 26 janvier 2015

Excellent, surtout la conclusion, je suis tout à fait d’accord avec toi. Il y a encore énormément à faire dans notre pays.
René

Enthousiasme suspect de la gauche française pour Syriza
NORDON - le 26 janvier 2015

Oui, cher Laurent, tres juste. Amicalement. Vincent



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