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Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Un film de Fred Cavayé :
Adieu Monsieur Haffmann
Avec Daniel Auteuil, Sara Giraudeau et Gilles Lellouche
Article mis en ligne le 17 janvier 2022

par Laurent Bloch

Lorsqu’en octobre 1940 la Préfecture de Police de Paris organise le recensement des Juifs et fait coller sur les murs des affiches qui proclament son caractère obligatoire, Joseph Haffmann, bijoutier et joaillier juif, comprend le danger. Il organise le départ immédiat de sa femme et de ses trois enfants en zone Sud, lui-même prévoit de les rejoindre un peu plus tard, le temps de rédiger et de signer en bonne et due forme l’acte de la vente fictive de sa boutique, de son atelier et de l’appartement attenant à son employé, François Mercier. Mercier et sa femme, Blanche, vont occuper l’appartement des Haffmann, ainsi les locaux ne seront considérés ni comme entreprise ni comme possession juives, et ne seront pas expropriés, dans l’attente de jours meilleurs.

Si Blanche est très méfiante et réticente, François voit dans cette fiction juridique un arrangement profitable aux deux parties, il va pouvoir offrir à sa femme de meilleures conditions de vie, et lui pourra donner libre cours à son envie de créer ses propres bijoux.

Mais rien ne se passe comme prévu. Quand Haffmann veut partir pour la zone Sud, les contrôles de la police française et des Allemands sont partout, le passeur fait faux bond, il doit rentrer dans ce qui était chez lui. Il s’arrange avec les Mercier pour s’installer à la cave, caché. C’est le début d’une cohabitation tendue.

Ce faisant, les affaires de François Mercier, qui a fait peindre son nom à la devanture de la boutique, vont bien, la clientèle apprécie les créations de Haffmann dont il écoule les stocks, notamment un officier allemand très connaisseur parce que lui-même fils de joaillier, le commandant Jünger, interprété par Nikolai Kinski. Jünger achète des bijoux pour ses amies françaises, il amène des camarades, Mercier est invité à des parties fines où le champagne coule à flots.

François Mercier, dont la vie est assombrie par une infirmité des deux jambes et par la stérilité de son couple, retrouve de l’assurance par ces succès commerciaux et mondains. Il veut s’affranchir du style de Haffmann et lancer sa propre collection de bijoux, dessinés par lui. Mais c’est un échec, Jünger lui envoie à la figure la médiocrité de ses créations. Alors il décide de faire travailler Haffmann, à la cave. Il n’est pas difficile d’imaginer que dès lors les relations entre les deux hommes ne pourront guère évoluer qu’entre la haine, le mépris, l’humiliation et la jalousie, avec les turpitudes que les circonstances de l’époque sont propres à susciter.

Néanmoins, si la lourdeur de l’atmosphère laisse attendre un dénouement encore plus sinistre, un peu de lumière surviendra à la fin, pour offrir la rédemption, à tous les protagonistes. En cela c’est un film très catholique, au bon sens du terme, que je ne saurais trop conseiller, d’autant plus que la critique n’en parle guère.