Forum de l’article

Juifs, Palestiniens, années 1970

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Rappel de la discussion
Anachronisme
Bernard Bohbot - le 5 août 2019

Bonsoir M. Bloch,
J’ai vu avec intérêt votre témoignage. Je vous répondrais - en bon sioniste de gauche - par les commentaires suivants :
1) vous avez tort de mettre tout le blâme sur Israël.
2) votre antisionsime n’est certes pas antisémite, mais il est profondément anachronique.

1) Pour ce qui est des responsabilités pour ce qui est de l’impasse actuelle, vous devriez savoir que les Palestiniens ont détruit la gauche israélienne avec la Seconde intifada. Aussi, les Palestiniens ont rejeté trois plans de paix qui leur auraient permis de récupérer toute la CIsjordanie : les paramètres Clinton en 2001, le plan de paix d’Olmert en 2008 et celui de Kerry et Obama en 2014.

2) Votre antisionisme est anachronique pour une raison bien simple : pour la plupart des Juifs qui ont immigré en Palestine, le sionisme n’était pas un choix mais une nécessité. Le point de vue sioniste de gauche est qu’un peuple sans patrie a le droit de récupérer une partie de sa terre d’origine. Vous pouvez être d’accord ou non avec cette idée, mais dans les faits, la plupart des Juifs qui ont été en Palestine étaient des réfugiés qui n’avaient nulle part où aller. Parler de colonialisme est donc pour le moins simpliste (le terme semi-colonial s’appliquerait et encore, il n’exprime pas correctement la complexité de la situation).

Vous n’êtes pas sans savoir non plus que l’antisémitisme n’a pas disparu comme par enchantement immédiatement après la Shoah. De plus, il était impossible de savoir, à la fin des années 40, que l’antisémitisme reculerait autant pendant la seconde partie du XXe siècle. D’ailleurs, la plupart des survivants de la Shoah n’ont pas été autorisés à immigrer en Occident après la guerre. On les a laissé pourir dans des camps de personnes déplacées jusqu’à la création d’Israël. Ainsi, étant donné le contexte de l’époque, la création d’un État-refuge pour les Juifs apparaissait comme une véritable nécessité. Et contrairement à ce que dit Shlomo Sand, Israël n’aurait pas pu être crée en Allemagne car plus de 600 000 Juifs vivaient déjà en Palestine à l’époque.

Bref, tout ça pour dire que le conflit israélo-palestinien n’oppose pas le bien et le mal, mais plutôt deux légitimités. C’est la raison pour laquelle Richard Crossman disait que toutes solutions au conflit sont injustes (il s’agissait soit de déposséder les Palestiniens ou encore laisser les Juifs sans défense). D’après lui, il fallait donc donc privilégier la moindre injustice ; c’est-à-dire le partage du territoire.

En espérant ne pas vous avoir froissé.

Cordialement,
Bernard Bohbot

Anti-sioniste ou non-sioniste ?
Laurent Bloch - le 5 août 2019

Bonjour Monsieur Bohbot,

Merci pour votre contribution circonstanciée !

Non, vous ne m’avez pas froissé, et même si je ne suis pas d’accord avec tout ce que vous écrivez, les désaccords ne sont pas forcément très profonds sur tout. Comme vous l’aurez compris, mon texte relate mes expériences et mes idées des années 1970, depuis j’ai appris quelques choses et perdu quelques illusions. Surtout, la situation au Moyen-Orient a beaucoup changé, et pas pour le mieux, on pourrait dire que dans chaque camp les pires l’ont emporté.

Aujourd’hui, comme Shlomo Sand, je me définirais plus comme « non-sioniste » que comme anti-sioniste, une position devenue en effet quelque peu anachronique, si ce n’est pour l’entendre comme une opposition aux exactions des autorités israéliennes contre les populations palestiniennes, qui sont bien réelles et quotidiennes. Je vais voir tous les films palestiniens et israéliens qui sortent, il y en a eu pas mal ces derniers temps, et ils sont éloquents : The Reports on Sarah and Saleem de Muayad Alayan, Un Tramway à Jérusalem d’Amos Gitaï, Tel Aviv on Fire de Sameh Zoabi...

Finalement, aujourd’hui donc, je me reconnais (en miroir) dans cet article de Dominique Eddé : http://www.france-palestine.org/Si-Kushner-savait

Cordialement à vous.

Réponse intéressante
Bernard Bohbot - le 5 août 2019

Merci pour cette réponse éclairée que j’apprécie beaucoup. En effet, le débat entourant la nature du sionisme me semble quelque peu dépassé. Reste à savoir maintenant comment les deux peuples peuvent cohabiter. À mon avis, les Israéliens doivent reconnaitre et réparer le tort fait aux Palestiniens. Mais tout comme le fait Dominique Eddé, il faut reconnaitre aussi que les Israéliens sont des victimes. Leurs parents ou leurs grand-parents qui fuyaient les persécutions antisémites et ils n’avaient nulle part où aller. Aussi, je trouve que la solution à deux États reste d’actualité, mais je ne souhaite pas que les deux États restent séparés.
Personnellement, je préfère l’idée d’une confédération sur le modèle de l’Union européenne.

Merci encore,
Bernard Bohbot